L'Algérie au bord de l'éclosion

Publié le 13 Mars 2019

Alger, Place Audin, 12/3/2019 - Manif d'étudiants contre 5ème mandat Bouteflika

Alger, Place Audin, 12/3/2019 - Manif d'étudiants contre 5ème mandat Bouteflika

Mohammed HARBI et Nedjib SIDI MOUSSA ont publié le 11/03/2019 un texte intitulé :

L’Algérie est au bord de l’éclosion.

Je me permets ici quelques remarques à propos certaines de leurs affirmations. (Citations en italique)

 

…. Le souci d’établir des rapports égalitaires est à la base de la fraternité dont rêve le peuple. Mais pour lui donner de la consistance, il faut sortir de l’unanimisme de façade qui constitue un frein à la décantation et au regroupement des forces populaires.

Plus facile à dire qu’à faire. Fokon-yaka ont souvent produit des systèmes politiques monstrueux. Comment accepter les consensus sur certains sujets pour maintenir un tissu social solidaire et stable et en même temps gérer les conflits d’intérêt qui ne recouvrent pas que ceux des  classes sociales ? Pour rappel, ce sont les crises dites  « berbéristes » (1949-1980-2011)  et « islamistes » (Révolution islamique de 1979-FIS 1990) qui ont fait vaciller le mouvement nationaliste dans nos régions, puis l’Etat FLN-autoritaire. Je me trompe ?

Comment se parler sans  s’invectiver, confronter des désaccords sans s’entretuer ?

Silmya est le plus beau slogan que la génération 2019 a inventé. Il ne vient ni de chez Soros, ni de BHL… Tous nos conflits sont solubles dans SYLMYA : à condition qu’existe  une justice garante des libertés pour tous.

C’est le plus beau chantier de l’Algérie moderne. Nos amis tunisiens ont ouvert cette voie, comme dans les années 1950.Vivement l’arrivée des frères marocains.

 

Ici et là, des alternatives politiciennes sont proposées par les démocrates au nom du changement. Mais les intérêts des classes populaires sont rarement pris en considération. 

Sans complotisme aucun, je reconnais Soros, Canvas et BHL dans beaucoup de figures de proue brandies dans les rues ou sur les réseaux sociaux, ces jours-ci. HADHARI YA AL KHAWA. Aucun leader ne devrait s’autoproclamer sans l’assentiment de ceux dont il se prétend porte-parole.

SANS MANDAT ÉLECTIF TOUS CEUX QUI PARLENT AU NOM DU PEUPLE SONT DES USURPATEURS

 

Les aspirations des classes laborieuses, dont les femmes et la jeunesse constituent les moteurs, doivent être affirmées dès à présent. Il faudra donc respecter leur autonomie d’organisation et d’action. Dans cette perspective, l’égalité des sexes est indiscutable.

Les zawalyia ont leurs porte-paroles dans les stades. Ils composent des poèmes, des chants, des slogans qui vous prennent aux tripes. Quels médias les relaient ? Quelles associations ou partis politiques les inscrivent à leur programmes ou dans leurs effectifs ? Dans les manifestations d’Alger ou de Kabylie, USMA, Mouloudia ou JSK ont participé à la même conscientisation que durant les années 1930-1950.

L’égalité des sexes s’affirme par le nombre et le niveau d’éducation élevé des jeunes filles. Elles sont la vraie force subversive qui dynamite les rapports sociaux dans la famille, la religion, le travail, la politique. La gent masculine a encore un train de retard pour se mettre  à la page et ce mouvement y aura contribué de façon exemplaire. Dans nos rues actuellement le harcèlement sexuel a laissé place à la galanterie ou tout au moins au respect et au civisme. Si tout cela n’est pas une révolution ?

 

La main tendue des oligarques aux travailleurs est un marché de dupes et ne fait que perpétuer leur subordination à l’agenda néolibéral. Car ce sont les hommes d’affaires qui ont besoin des masses populaires pour faire pression sur le pouvoir afin de défendre leurs privilèges. En revanche, les chômeurs, les pauvres et les salariés n’ont pas besoin de s’appuyer sur les milliardaires pour affirmer leurs propres objectifs.  

Bizarrement, cet énoncé est souvent accolé au nom de Rebrab, opposé à Boutef supposé l’empêcher de « créer des emplois ». Or, il y a des « hommes d’affaires » qui n’ont guère besoin des masses populaires, les Haddad, Tahkout, Mazouz, Kouninef, Benamor, Benhamadi, Hamiani, ne doivent leurs fortunes colossales qu’au pouvoir politique et à Saïd Bouteflika en particulier. De plus, nombre de chômeurs et de pauvres ont longtemps cru que Boutef, dans son immense grandeur d’âme leur « donnait »  des logements AADL, des subventions ANSEJ ou des pensions diverses. En haut et en bas de la  société ce régime a tout pourri, corrompu et aliéné. Ces dernières semaines ont repolitisé la rue mais  le chemin sera long pour que chacun reconnaisse les siens. Du coup, les analyses un peu rapides de classe-contre-classe, ou de arabe-kabyle, musulman-athée ne rendent plus compte des « vraies réalités sociales ». Les jeunes dans la rue sont Sylmya-sylmya, avec ou sans foulard, jean-basket ou gandoura, policiers et civils khawa-khawa. Magique aujourd’hui, mais sans illusions pour demain car nous savons qu’il faudra se mettre au travail pour refaire une vraie société et nécessairement vivre les conflits de toute communauté humaine. Avec de vraies entreprises publiques et/ou privées selon les rapports de force qu’imposera la phase actuelle. La bourgeoisie tiendra le rang que la société politique lui aura assigné. C’est toute l’importance du travail de mobilisation et d’explication des syndicats et partis implantés dans les quartiers populaires et dans les campagnes.   

 

Nous sommes partisans de l’auto-organisation des travailleurs, à travers la mise en place d’assemblées dans les quartiers, les villages et les villes, où les individus délibèreront de la prise en charge de tous les aspects de la vie quotidienne, sans la médiation de l’Etat ou des professionnels de la représentation.

Et voilà l’éternelle question posée à toutes les révolutions : Que faire ?

Bachir Hadj-Ali écrivait : Que faire quand « Que faire » est brûlé ?

Aujourd’hui parmi ces millions de jeunes, combien ont lu ou entendu le nom de Lénine ? Et pourtant ils devront le réinventer, et pas seulement en Algérie, car les théories ne valent qu’à l’épreuve de la réalité. Aux USA, au Royaume-Uni, en France et partout dans le monde on réfléchit à préserver la planète des dégâts criminels du néo-libéralisme, à créer de nouvelles façons de produire, de consommer, de vivre en société. De façon plus juste et plus harmonieuse. Le débat autour du culte de l’argent, de la start-up nation ou de start-up tout court, concerne notre société au plus haut point. Nous avons raté le coche en 1962 car nous avons singé le « développement », la « démocratie » (bourgeoise ou populaire pseudo-socialiste et autoritaire). Aujourd’hui, nous sommes sur la même ligne de départ que  l’Asie, l’Amérique du Sud et l’Afrique qui repoussent  le vieil Occident périmé aux marges de l’histoire qui s’écrit selon des modalités que les futures générations auront à inventer toutes ensembles. Quel plus beau chantier que de tenter à leur tour de réaliser les rêves de leurs parents et grands-parents : édifier une république démocratique et sociale, fraternelle et ouverte sur le monde. Comme l’ont rêvée Ben M’Hidi et Abane. Car tel est notre destin, nous Algériens, aux  croisements de l’Afrique et de l’Europe, de l’Orient et de l’Occident, au centre de la Méditerranée, nous sommes dans l’œil du cyclone.

Et comment être en désaccord avec cette conclusion des auteurs de ce texte, Messieurs Harbi et Sidi Moussa ?

 

Notre pays a hérité de l’esprit de la hisba, la surveillance de tous par tous. Opposons-lui le respect de l’autonomie individuelle, la liberté de conscience, celle de disposer de son propre corps, de le mettre en mouvement et de se réapproprier tous ensemble l’espace public, comme l’ont fait, dans la joie, les Algériennes et les Algériens.

Le chemin qui mène à l’émancipation sociale est long mais il n’est pas d’autre voie pour réaliser l’épanouissement de chacun et de tous.

 

Puisse le débat s’instaurer après tant d’années de disette.

Boussad OUADI, 13/03/2019

 

Lien article Harbi-Sidi Moussa : https://www.huffpostmaghreb.com/entry/l-algerie-est-au-bord-de-l-eclosion_mg_5c86b49be4b0ed0a001639f1?ncid=other_facebook_eucluwzme5k&utm_campaign=share_facebook&fbclid=IwAR0xYF6-fPemY2VJU5pM_DkJGMhk8ox3uyDH2SxxA81b5QU2beyObkVlqaU

Rédigé par Boussad OUADI

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