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Publié le 3 Octobre 2017

 

Ils ont toujours peur que le ciel leur tombe sur la tête.

Ils sont râleurs, rebelles, insoumis,

Éternels déçus du bal de leurs dirigeants qui,

De gauche comme de droite

Font un p’tit tour et puis s’en vont,

Laissant leurs camps trahis et aigris

Et l’opposition plus enragée que jamais.

 

Ni gauche, ni droite ne trouve grâce à leurs yeux,

Pour certains, les choix sont extrêmes :

Renverser la table et tenter la rouge révolution

Ou bien brandir l’étendard sanglant de la nation 

 

Et Macron vint !

La France se mit En Marche…

 

Le nouveau Pardaillan vous réglera ça.

Vous ne vouliez : ni droite ni gauche !

Vous voilà gouvernés par la droite ET la gauche.

La plus mollasse des droites, celle du centre

La plus traitresse des gauches, la libérale.

 

En somme, le cocktail insipide des moins pires.

 

Surgis des villages gaulois, hier ennemis,

Les voilà prêts à gouverner ensemble la France de demain

 

Que pensez-vous qu’il adviendra de cet étrange attelage ?

 

Il est conduit par d’expertes cervelles bien pleines,

Prêtes à recycler de vieilles recettes bien de droite,

Pour en découdre définitivement avec le monde du travail

Des syndicats, des droits acquis, du progrès social.

Pour assurer enfin la prééminence définitive du  Capital

Garantir les dividendes, imposer la flexi-sécurité

Et chanter les louanges de la société ubérisée

 

Il est constitué d’un peuple de gauche avachi :

Malbouffe, Sécu, congés, paillettes et strass éphémères

Ce peuple qui refuse le deuil des 30 Glorieuses,  

Continue à rêver du Grand soir…

 

Boussad Ouadi, juin 2017

 

 

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Rédigé par Boussad OUADI

Publié dans #LA LUTTE DES CLASSES CONTINUE

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Publié le 3 Octobre 2017

 

  • Si la politique consiste à gouverner les sociétés humaines, elle ne saurait se séparer de la morale. Ceux qui voudront traiter séparément la politique et la morale n'entendront jamais rien à aucune des deux..J.J. Rousseau 
  • Tout parti vit de sa mystique et meurt de sa politique. Charles Péguy

 

 Le Macronisme est une nouvelle utopie.

Elle consiste à faire croire qu'on peut « manager la société » à la manière d’une entreprise, selon des préceptes, des techniques et des styles dont on sait la diversité  des modes. Le mode Jupitérien, directif est dévolu à Macron lui-même, les autres modes : l’informatif, le participatif ou le délégatif étant tour à tour mis en œuvre par tel ou tel collaborateur ou ministre au gré des exigences de la communication qui tient lieu de ligne politique dans le mouvement En Marche !

 

Les manuels de Management enseignent qu'en entreprise le manager se doit de :

2. • tracer une direction ou indiquer la destination à ses collaborateurs,

3. • savoir les accompagner dans l’élaboration des plans d’actions requis pour atteindre les objectifs

4. • mobiliser les ressources qui rendent la réussite des plans d’actions certaine et plus facile,

5. • élever le niveau d’autonomie de ses collaborateurs..

 

Néanmoins, ces manuels sont souvent peu diserts sur les finalités de ces actions : le taux de satisfaction des actionnaires, la répartition des dividendes, le développement, la modification ou bien la mise à mort de tout ou partie des actifs de l’entreprise, selon le droit sacré à la propriété privée et hors de l’intrusion importune des collaborateurs.

 

Mais comment le Président de la République du pays qui a guillotiné le roi pour instaurer la souveraineté populaire des « citoyens-libres-égaux-fraternels », peut-il gérer 60 millions de « collaborateurs », leur assigner « des objectifs à atteindre », élever leur autonomie et mobiliser leurs ressources ?

 

Le PDG de l’Entreprise France [1] au service de ses actionnaires ?

 

Actionnaire ce peuple-souverain empêtré dans le chômage, la régression sociale, déchiré par les inégalités et le repli identitaire mortifère ? Peut-être, mais tout PDG sait le poids de la finance et des banques dans la conduite de l’entreprise et M. Macron fut associé-gérant de la banque Rothschild, surnommé Mozart de la finance pour ses talents exceptionnels assurément.

 

Qui peut nier que la finance internationale tient les États à la gorge après les avoir drogués à l’endettement sur les marchés bancaires depuis 30 ans ?  Les crises vécues par les PIGS ces dernières années, particulièrement la Grèce, l’Espagne, le Portugal ont largement illustré ce mécanisme meurtrier : les logiques financières accablent les pauvres et les classes moyennes pour satisfaire « le service de la dette », dans une spirale sans fin qui se conclura inévitablement par des violences sociales et/ou politiques.

 

A ce point de la comparaison l’Entreprise et l’État-Nation peut-on confondre le bien public et l’intérêt privé,  gouverner un pays et gérer une entreprise ?

 

Comment se fait cette confusion, ce glissement de « l’Entreprise » vers l’État, la société, la nation?

 

Notons tout d’abord que de nos jours une entreprise n’est rien sans sa banque. La financiarisation a tué l’autonomie, la diversité, le goût du risque et de l’aventure de l’entrepreneur de jadis. L’ingénierie financière tout comme le génie génétique, font peu de cas de la créativité, du génie humain et de la richesse que constitue la diversité du patrimoine de la nature. Rentabiliser, augmenter la productivité, spéculer sur le vivant (humain, animal et végétal), voilà des mots/maux qui ont appauvri notre la planète.

 

Le capital financier a fini de  digérer le patrimoine foncier, immobilier et industriel lors des révolutions agraire, industrielle, urbaine et numérique des deux derniers siècles. Progressivement, il s’en est pris aux États, à leurs armées, à leurs ressources vitales : la nourriture, la santé, l’éducation des populations asservies à des modes de consommation ruineux pour la nature, l’air, l’eau et l’intelligence humaine. Et de fait, les grandes sociétés multinationales -banques-agro-industries et services étroitement imbriquées- détiennent les prérogatives naguère dévolues au pouvoir politique des États.  

 

Le mécanisme de la dette détenue par les banques privées des seuls états riches d’Europe et des USA, pèse lourdement sur tous les pays, sur les cinq continents. Cette épée de Damoclès donne des pouvoirs démesurés à cette oligarchie que le dictionnaire Le Robert définit comme : un régime politique dans lequel la souveraineté appartient à un petit groupe de personnes, à une classe restreinte et privilégiée.

 

En 2008 lorsque la banque Lehman Brothers s’effondra, menaçant tout le système financier international, les dirigeants des puissances occidentales et asiatiques ont momentanément circonscrit l’incendie en jouant sur la planche à billet, les taux d’intérêt, les cours mondiaux de l’énergie et des matières premières et les prélèvements sociaux du travail vers le capital (incongruité innovante des temps modernes). L’émoi passé, les banques ont repris les mêmes pratiques de spéculation et de financiarisation à outrance jusqu’au prochain Krach …

Nixon, Reagan, Bush, Thatcher, classiquement de droite républicaine, mais aussi les pseudo socialistes Schroeder, Blair et Hollande ont concocté des modèles économiques, sociaux et culturels aliénant tout au profit du privé, de l’entreprise, du capital, de l’individualisme, de la force et de l’intervention militaire. Ce modèle proclamé comme universel par les chiens de garde médiatiques s’est construit au détriment des conquêtes sociales et démocratiques, de l’intérêt général, après les deux guerres mondiales, la décolonisation et le formidable boom des sciences et des techniques, trop souvent dévoyées malheureusement.

 

De plus, cette évolution a été favorisée par la déconfiture du bloc des pays dits socialistes. La cécité politique de Staline « d’édifier le socialisme dans un seul pays », contre les thèses de Lénine ou Trotsky et les crimes commis au nom du socialisme ont découragé les partisans de sociétés  fondées sur la prééminence du public sur le privé, de l’intérêt général sur le particulier, de la générosité sur l’égoïsme, et ceci à l’échelle de la planète entière devenue un petit village interdépendant que Karl Marx au XIXème siècle appelait de ses vœux : « Prolétaires de tous les pays unissez-vous ».

 

Depuis 1989 le système « (ultra)-libéral, occidental, démocratique » a le champ libre sur les plans économiques, idéologiques, militaires pour détricoter les conquêtes sociales, asservir les appareils d’État, recoloniser les territoires et les couches sociales qui pouvaient lui résister, même au prix de guerres criminelles et injustes qui ont dévasté le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Asie.

 

Il faut revenir au 19ème siècle, au plus fort de la révolution industrielle (Germinal), des conquêtes coloniales (en 1885 le Congrès de Berlin dépeça l’Afrique), des grandes Expo universelles (agrémentées par les exotiques zoos humains) pour retrouver un tel rapport de forces qui permet à une toute petite minorité d’assoir son pouvoir sur le monde entier.

Mais à cette phase de transition, des monarchies aux républiques, des religions vers la laïcité, de l’analphabétisme vers la scolarisation, le modèle de management des sociétés s’accommodait fort bien des héritages culturels de l’époque : l’autorité matinée de charité chrétienne suffisait à imposer un ordre social et moral favorable aux bourgeoisies de tout acabit, la protestante étant réputée plus vertueuse que la catholique, dit-on, comme si les Bush valaient mieux que les Kennedy.

Dans l’usine, à l’école, à la mairie ou au sommet de l’État, qui pouvait mettre en cause le système pyramidal de commandement social qui conduisait « la jeunesse, chair à canon » à se suicider « la fleur au fusil » dans des guerres de destruction massive tout à fait utiles aux lobbys militaro-industriels ? La paix ou l’armistice signée, ceux-ci pouvaient engager de nouveaux cycles d’accumulation par la reconstitution d’armes de plus en plus meurtrières et des appels d’offres publics juteux que se disputaient des affairistes et politiciens joliment qualifiés de « copains et de coquins »[2] par l’un d’entre eux ?

 

Au 21ème siècle, 60 à 80% des jeunes accomplissent une scolarité complète et des millions d’entre eux encombrent les bancs des universités sans pouvoir d’ailleurs mettre en œuvre cet investissement dans leur sort individuel ou une utilité sociale quelconque. A l’autre bout de la pyramide démographique, les vieux, nombreux, coûteux à la société du fait de l’allongement de la durée de vie, instruits par leurs déconvenues sociales ou idéologiques du fait des trahisons de leurs élites, de droite comme de gauche, tanguent entre d’une part, le repli mortel sur les valeurs qu’ils ont biberonnées : le nationalisme et le racisme colonial entretenus par des TV abêtissantes et des supermarchés aliénants et d’autre part le sens de leur responsabilités familiales et sociales par la prise en charge du logement, des frais de scolarité, de voyage et de loisirs de leurs petits-enfants.

Il n’est pas anodin de constater que dans des mouvements tels que la France Insoumise, cette chaine de solidarité interclasse, d’âge et de niveau social, permet d’entrevoir un futur moins sombre que ne le prédisent les partisans de l’apocalyptique théorie du remplacement du peuplement européen par des métèques originaires d'Afrique noire et du Maghreb.

 

Néanmoins malgré leur niveau d’instruction, les nouvelles générations ont été formatées par des institutions depuis longtemps gangrenées par les « managers » qui n’ont de souci que de rentabiliser tout : l’école, l’hôpital, les transports, l’armée, etc… Des jeunes sont convaincus  qu'il faut savoir se vendre, se tuer au travail,  savoir éliminer ses pairs pour vaincre, pour grimper dans la hiérarchie.  D’autres sont lobotomisés par les téléréalités, le star-système, les réseaux pseudo-sociaux au point de n’avoir plus d’autres ressources que les drogues douces pour échapper à la réalité.

 

L’individualisme forcené, dans cette guerre de tous contre tous, conduit à l’élaboration d’une pensée mythique, de pratiques mystiques et parfois même ésotériques qui incite les cerveaux les plus affinés, les cadres sup’ les plus performants à chercher refuge dans le développement personnel, les sports extrêmes, le Bouddhisme, pour échapper au burn-out ou au suicide. N’empêche, leurs moments de lucidité dans de longues journées de travail qui font fi fièrement de la semaine de 35h ringarde à leurs yeux, sont entièrement voués au management, à toutes ses ficelles, à tous les étages et dans toutes les catégories socio-professionnelles qui composent l’entreprise ou l’institution dans laquelle ils exercent. Les collaborateurs et les assistant.e.s se gargarisent de benchmarking, de capital intellectuel, de RH, de compétence de cœur de métier, de créativité, d’innovation, de gouvernance, de process, stratégie, vision, les valeurs qui fournissent des lignes directrices pour le personnel, sur ce qui est bien ou souhaitable et ce qui ne l’est pas, etc…

Gilles Deleuze en philosophe, s’étonnait déjà : On nous apprend que les entreprises ont une âme, ce qui est bien la nouvelle la plus terrifiante du monde. Frédéric Lordon ajoute : Quand la fusion organique du capital et de l’État a atteint le stade Macron, c’est une littérature politique. [O.B.1] (Monde Diplomatique 2017)

 

Lorsque le principe de réalité prévaudra à nouveau, le réveil sera brutal car Tout parti vit de sa mystique et meurt de sa politique (Charles Péguy). La mystique de l’Entreprise France  dépérira à mesure qu'ont comprendra qu'un État n’est pas une entreprise.
 

Que ce soit sous la forme de :

  1. Gouvernement de régime politique et social : l’État de nature  supposé être celui de l'homme avant toute vie sociale (dans les anciennes théories de Hobbes, J.-J. Rousseau), ou bien l’État démocratique,  monarchique, tyrannique, populaire ou même État théocratique  
  2. Autorité souveraine s'exerçant sur l'ensemble d'un peuple et d'un territoire déterminés. État, nation, société et pays, un être énorme, terrible, débile, cyclope d'une puissance et d'une maladresse insignes, enfant monstrueux de la Force et du Droit, selon Paul Valéry.
  3. Ensemble des services généraux d'une nation, par opposition aux pouvoirs et aux services locaux et intérêts privés.

l’État, particulièrement sous sa forme républicaine ( res publica « chose publique »)  appartient à tous ses membres, à égalité de droits et de devoirs.

Peut-on imaginer une entreprise propriété des salariés et des actionnaires à égalité de droits et de devoirs dans la propriété et le management ? Cela s’appellerait alors l’autogestion dans l’entreprise !

Et nous voilà dans la société autogestionnaire,  la société sans classe, avec la propriété collective des moyens de production, l’accès gratuit aux biens de consommation, la fin de l'exploitation par le travail, donc la société communiste et le dépérissement définitif de l’État.

Le rêve devient cauchemar pour En Marche qui mourrait tranquillement de sa propre politique, car répétons :  le mouvement qui vit de sa mystique meurt de sa politique.

Quelle bonne nouvelle !

Boussad OUADI, Octobre 2017.


[1]  Au royaume de ressources humaines. La 34ème édition du congrès HR, les 11-12 octobre 2017, au Pré Catelan, Paris 16ème    En exclusivité !  Le 12 octobre matin Muriel Pénicaud, Ministre du Travail, sur la Réforme du Code du Travail.  La DRH de l'entreprise France face à vous !

Négociations au niveau de l’entreprise, articulation avec les accords de branche, fusion des IRP, modalités du licenciement pour motif économique, développement du télétravail, montant des indemnités prud’homales… la Ministre du Travail décryptera les enjeux des principales mesures de la réforme du code du travail et les étapes-clés de leur mise en œuvre

 

[2] Formule de Michel Poniatowski, ministre de Giscard d’Estaing à l’endroit de ses alliés gaullistes empêtrés dans des scandales et des affaires de corruption durant les années 1970.

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Rédigé par Boussad OUADI

Publié dans #LA LUTTE DES CLASSES CONTINUE

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Publié le 2 Août 2014

Au lendemain de l’indépendance, au cœur de la Kabylie meurtrie, traumatisée par le souvenir des régiments de « Chasseurs alpins » et de « Parachutistes coloniaux » qui violaient et massacraient des populations civiles sans défense, surgit un couple d’enseignants « français », Jean Louis et Heike Hurst pour enseigner le français et l’histoire-géo au collège de Larba-Nath-Iraten ex-Fort-National de 1963 à 1965.

Un torrent tumultueux de connaissances, de comportements, de valeurs et de chaleur humaine inhabituelle, vint alors bouleverser le sens de nos vies de jeunes adolescents déjà passablement désorientés par les « logiques de guerre ».

Ce grand gaillard de près de 2 m, était alsacien mais féru de montagne. Blond-aux-yeux-bleus d’apparence, il s’affirmait black-blanc-beur 30 ans avant que ne naisse cette expression. Ce révolutionnaire marxiste était en rupture avec le parti communiste français, car celui-ci avait renié les militants qui, comme lui, ont déserté l’armée française, pour ne pas commettre l’innommable : la torture en Algérie. Cet homme bâti comme un roc de certitudes et d’optimisme internationaliste s’installait définitivement dans nos vies pour nous inculquer cette chose simple mais essentielle : la vie prend son sens dans la libération des hommes de toutes formes de dominations, d’exploitation, d’aliénation. Dans la société en général comme dans la sphère privée.

Pour beaucoup d’entre nous, dès lors, plus rien ne fut comme avant…

La langue d’abord, le français comme le berbère ou l’arabe, devenaient des armes de guerre qu’il fallait dominer pour comprendre, pour instruire, émouvoir, rêver et aimer. La littérature dans tous ses genres : le récit, le poème, le théâtre, le discours, la littérature…. devenait notre compagne éternelle.

L’histoire telle qu’elle nous était enseignée auparavant n’était plus qu’une ridicule litanie de dates, de noms de lieux, de rois et de reines éphémères. Grace à Ibn khaldoun que Jean-Louis découvrait à l’université d’Alger au contact d’Yves Lacoste et Georges Labica, nous apprenions que l’histoire telle une science, connaissait ses lois rationnelles d’évolution des sociétés et des cultures humaines et que peu de choses étaient fortuites dans le déroulement des événements. L’histoire était faite par des hommes et des femmes, nés libres et égaux au départ, puis mus par des intérêts au fur et à mesure de la différentiation des classes sociales, en fonction de représentations culturelles, de religions et d’idéologies diverses. A 14-15 ans nous devions disserter sur sujets aussi sérieux : « L’article 12 de la constitution algérienne dispose que les hommes et les femmes sont égaux devant la loi. Commentez et discutez » ou bien « Les révolutionnaires de la commune de Paris et ceux de l’insurrection d’El Mokrani en 1971 furent bannis en Nouvelle Calédonie. Quel sens donnez-vous à cet évènement historique ? »

Le ciné-club du collège, entièrement géré par les élèves, organisait des projections de films dans la Salle des fêtes de la ville, les jours de marché, en après-midi, pour que les paysans puissent voir les films et participer aux débats sur : « L’acier fut trempé », « Alexandre Newsky », « Le dictateur ». Le ciné-bus projetait en plein air, en nocturne, sur la place de la Mairie des films cubains ou vietnamiens qui galvanisaient les espoirs d’une population qui s’éveillait au simple bonheur du cinéma, mettant en scène des coupeurs de canne à sucre à Santiago et des hommes aux sandales de caoutchouc face aux B52 américains.

Les week-ends et les vacances étaient souvent consacrés à la participation aux camps de travail volontaire des Ouadhias ou d’Azzefoun, où nous découvrions des jeunes venus du monde entier, offrir leurs bras et leur savoir pour la reconstruction de villages ou d’écoles. Tels étaient nos travaux pratiques pour l’apprentissage des langues, de la géographie, des histoires et des cultures nationales.

Durant l’année 1964-1965, alors que la région était atteinte par le conflit FLN-FFS, Jean-Louis nous mobilisait pour la participation au Festival mondial de la jeunesse et des étudiants qui devait se dérouler à Alger durant l’été 1965. Pièces de théâtre, montages poétiques, groupes de musique et de danse, conférences et expositions de toutes sortes devaient montrer à la jeunesse du monde le futur visage de l’Algérie, citée partout en exemple de combativité, d’abnégation et d’espoir de liberté pour tous les peuples encore colonisés dans les années 1960.

Malheureusement le coup d’État du 19/06/1965 vint annihiler tous nos espoirs et longtemps, pour nous comme pour Jean-Louis, le nom de Boumediene fut synonyme de dictature et de répression des mouvements populaires et de jeunesse. C’est d’ailleurs à partir de cette date que commença le compte à rebours pour des milliers de jeunes « Pieds-rouge » venus apporter leur contribution à la reconstruction d’un pays progressiste devenu « La Mecque des Révolutions ». Ils quittèrent progressivement l’Algérie qui s’enferma dans un arabo-islamisme sectaire, tournant le dos aux vocations africaines, méditerranéennes et universelles que notre pays cultive depuis la nuit des temps. Jean Louis et Heike enseignèrent tous deux à l’école des cadets de la révolution de Koléa, puis avec leur fille Annik, née à Alger en 1964, ils quittèrent l’Algérie en 1968.

Étudiant à Paris dans les années 1970, je repris contact avec Heike qui fréquenta l’Université de Vincennes Paris 8. Jean-Louis révolutionnaire infatigable, était alors ouvrier d’usine à Vénissieux, professeur de collège puis journaliste, fondateur de Libération aux côtés de Jean-Paul Sartre et Serge July. Il militait dans la mouvance extrême gauche activiste et je le perdis de vue pendant plusieurs années.

C’est durant le printemps berbère de 1980 que son nom réapparut dans notre actualité algérienne car il fut l’un des rares journalistes français à avoir pris le pouls du caractère démocratique et libérateur du Mouvement Culturel berbère. Hacène Hireche a récemment rappelé sa contribution décisive dans les colonnes de Libération, à la popularisation de cette lutte.

En 1987, il revint à Alger pour le colloque sur Frantz Fanon, organisé par l’Office du Riadh El Feth et son « destin algérien » le reprit à nouveau. Il retrouva ses anciens amis et élèves, ses anciens compagnons : Zahouane, Zamoum, Harbi, Lacheraf, Omar et Boualem Oussedik ainsi que le Commandant Azzedine. Il remit sur rail son vieux projet de livre sur « Les pieds rouges en Algerie », signa des contrats, enregistra des heures d’entretiens et interviews, sillonna la Kabylie et le constantinois. Ses entretiens avec Momo, Zamoum, Bouchek ou Kateb furent homériques.

Dans ce « radeau de la méduse » que fut le bateau qui ramena Ben Bella en Algérie en 1990, Jean-Louis rayonnait aux côtés de Didar Fawzy, Le Père Davezies, Le Commandant Carvalho de la révolution des œillets du Portugal, Jean Ziegler et tant d’autres figures du tiers-mondisme révolutionnaire. Il faut dire que le « réveil » de la jeunesse algérienne en octobre 1988 lui avait ouvert des horizons qu’il désespérait de revoir après le fol engouement des années d’après l’indépendance en 1962. D’autant qu’après la « marche des beurs » de 1983 (qu’il avait suivie et quasiment co-organisée), pour lui Paris devenait la nouvelle Babylone, résonnant en écho aux « r »évolutions des pays du Sud : Afrique et Amérique latine notamment.

Il n’était pas mécontent de s’entendre dire par Momo, dans sa petite chambre de la rue Caton à la Casbah : « Tu sais, Jean-Louis, comme en Islam il n’y a pas d’intermédiaires entre Dieu et ses créatures, seule la démocratie peut permettre son épanouissement. Or dans nos pays autocrates, il n’y a guère d’espoir. C’est chez vous en Europe, que l’Islam, le vrai, celui du cœur et de la raison renaitra. Dieu a voulu la colonisation, la décolonisation et la migration vers l’Europe, pour ce but ! » Et les voilà tous les deux partis dans des éclats de rires assourdissants dont Djamaa-Lihoud a du garder le souvenir. Les deux compères s’étaient connus jeunes, dans des stages de théâtre en Algerie et en France, cultivant des liens de fraternité et de connivence culturelle qu’ils savouraient à chaque rencontre.

Ce besoin d’évasion spirituelle iconoclaste, Jean-Louis l’avait sans doute hérité de Henri Curiel, l’organisateur des réseaux de soutien au FLN durant la guerre d’indépendance, (« L’homme à part » décrit par Gille Perrault Ed. Barrault, 1984), et qui l’influença grandement par son penchant pour la spiritualité asiatique et l’astrologie chinoise.

Las, « la parenthèse démocratique » chez nous ne vécut pas plus de 2 ou 3 automnes. La décennie noire des années 1990 assombrit à nouveau l’horizon et revoilà Jean-Louis Hurst reparti au combat, aux côtés de Pierre Bourdieu dans le « Comité international de soutien aux intellectuels algériens (CISIA) », pour héberger, obtenir des papiers, soigner, témoigner, écrire, organiser des réunions publiques, des manifestations de solidarité avec ses frères algériens, oubliant son propre sort, sa situation précaire de presque-sans-logis-et-sans-emploi.

Il faut savoir que nombre de ses compagnons de lutte pour l’indépendance de l’Algérie avaient intelligemment manœuvré pour s’attribuer des postes, des résidences, des pensions et avantages de toutes sortes, en Algérie comme en France, dans les ambassades et consulats, les agences CNAN ou Air Algérie. Il avait le plus souverain dédain pour ce genre de considérations et il me revient en mémoire cet échange, en 1990, sur le seuil de la luxueuse demeure d’un ancien ministre de Boumediene :

- Comment, camarade L., peux-tu accepter de vivre dans un tel château, toi le révolutionnaire algérien qui a si bien décrit l’histoire de la paysannerie pauvre et sans terre dans ton pays ? - Mais, je t’assure Jean-Louis, que c’est contre mon gré que Boumediene m’a fait déménager de mon petit appartement du Telemly lorsqu’il m’a nommé ministre, bafouilla son interlocuteur.

Au fur et à mesure que le pays s’enfonçait dans la crise, il en devenait plus malade, cherchant parfois le réconfort dans le combat anti-impérialiste lorsqu’il fallut se mobiliser contre les guerres US en Irak, en Afghanistan ou d’Israël contre le Liban ou la Palestine, pour la solidarité avec les « Sans-papiers » qu’il considérait comme les « sans culottes » modernes.

D’aucuns en France considèrent de tels hommes comme des « marginaux », en rupture avec les codes sociaux traditionnels, la pensée unique, l’idéologie dominante. Chez nous, ils sont « exceptionnels » pour ceux qui les admirent comme ceux qui les rejettent ! Ces deux qualificatifs lui vont comme les gants aux deux mains.

Le marginal a sauvé l’honneur de son pays d’origine, souillé par les crimes coloniaux et la torture.

L’être d’exception a montré à son pays d’adoption, l’Algérie, que l’Homme atteint son universalité lorsqu’il transgresse l’injustice et ouvre ses bras à ses frères en humanité.

Reposez en paix Heike et Jean-Louis,

Ces deux vers de François Villon, chers à Jean-Louis et Kateb Yacine, vous accompagneront pour l’éternité

Frères humains qui après nous vivez

N’ayez les cœurs contre nous endurcis…

Boussad Ouadi

Alger, mai 2014

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Rédigé par Boussad OUADI

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Publié le 4 Janvier 2012

Voici une remarquable analyse de la situation actuelle en Egypte. Al Aswany est un des rares intellectuels arabes proches de leurs peuples, respectueux des valeurs humanistes universelles jusqu'à la limite de l'honnêteté et de la probité intellectuelles. 

Sa perspicacité politique n'a d'égale que son admirable optimisme et son amour de l'art. 

Un digne continuateur de Edward Saïd !

Chapeau l'artiste. alaa-al-aswany.jpg


Source: EL WATAN  le 04.01.12

Une année après la chute du clan Moubarak, la révolution égyptienne peine à instaurer le régime pour lequel les Égyptiens se sont soulevés le 25 janvier 2011. La démocratie tarde à voir le jour au pays du Nil, mais elle est «inéluctable et personne ne peut l’arrêter». L’intellectuel engagé Alaa Al Aswany en est convaincu. Pour lui, un autre conflit s’engage à présent : celui qui oppose les partisans de la révolution qui luttent vaillamment pour une Egypte réellement démocratique contre les militaires qui «font tout pour maintenir l’ancien régime». Farouche opposant au Conseil militaire qui dirige le pays depuis un an, le célèbre auteur de l’Immeuble Yacoubiane mène un combat sur deux fronts : les militaires qui s’accrochent au pouvoir et les salafistes qu’il considère comme «un corps étranger» à la société égyptienne.

Entretien.

-Vous avez écrit un livre, en 2009, avec comme titre Pourquoi les Egyptiens ne se soulèvent pas ? Finalement, ils se sont révoltés !

Avec ce livre, j’ai essayé de provoquer mes lecteurs, de comprendre ce qui se passe en Égypte. Cependant, dans le livre, je dis que les Égyptiens, comme tout les autres peuples, se révoltent mais ils le font à leur manière, à l’égyptienne, sans violence. On essaie de trouver des compromis, mais à un moment donné et quand le compromis n’est plus possible, ils se révoltent. L’idée qui consiste à dire que les Égyptiens se révoltent moins que les autres n’est pas vraie, en fait.

-Une année après la chute du clan Moubarak, la transition démocratique connaît des vacillements, l’armée qui dirige le pays réprime et tue des Egyptiens. Veut-elle s’accrocher au pouvoir ?

Sans doute. Moubarak était la tête du régime, l’armée en était l’armature. Elle n’a jamais été du côté de la révolution. Le Conseil militaire n’a pas protégé la révolution comme on a voulu le faire croire. Il a permis au régime de Moubarak de se maintenir au pouvoir. En Égypte, jusqu’à maintenant, le régime de Moubarak est toujours en place. Je pense qu’il y avait des malentendus dès le commencement de la révolution. Le peuple qui a fait la révolution a considéré que la chute de Moubarak était la première étape pour éliminer le régime ; par contre, le Conseil militaire a accepté le départ de Moubarak comme une étape nécessaire pour préserver le régime. Nous ne parlons pas le même langage que les militaires, nos objectifs sont diamétralement opposés. Maintenant, la scène est très claire. Le Conseil militaire a préservé clairement le régime et résiste violemment au vrai changement. C’est ce qui explique l’acharnement des militaires contre les forces révolutionnaires. En dix mois de pouvoir, l’armée a tiré à trois reprises sur la foule. Les militaires font tout pour être un élément essentiel dans la formule politique égyptienne. Je suis ennuyé parce que nous avons perdu dix mois et que le changement désiré par la révolution tarde à voir le jour. Nous vivons des crises fabriquées par le régime de Moubarak pour faire pression sur les Égyptiens dans le but de leur faire détester la révolution. Mais je reste optimiste parce que je fais confiance au peuple et surtout que la révolution appartient au futur ; personne n’est capable d’arrêter ce futur. Il arrivera fatalement.

-Les élections législatives ont été remportées majoritairement par les islamistes. Vous qui êtes connu pour votre opposition à ce courant que vous qualifiez souvent de dictateur «parce qu’ils s’estiment détenteurs de la vérité absolue», quelle est votre appréciation ?

Je dois rappeler que je suis en totale opposition avec les islamistes. Je suis contre leur interprétation de la religion, comme je suis contre l’utilisation de la religion à des fins politiques. J’estime que la religion doit rester à sa place. Mais dans le Monde arabe, la majorité n’a pas cette vision. Je suis de ceux qui pensent qu’il faut les aider à vivre cette expérience à travers laquelle ils découvriront que l’islam politique n’a rien à voir avec la religion à laquelle ils croient et que les tenants de l’islam politique ne sauront pas résoudre les problèmes auxquels ils sont confrontés. Cependant, il y a un principe sur lequel je suis intransigeant : on doit accepter le choix du peuple. Je ne suis pas contre que les islamistes arrivent au pouvoir à travers des élections propres et honnêtes. Ce ne sont pas des ennemis, mais ce sont des Egyptiens avec lesquels je suis en totale opposition. Il faut assumer la démocratie, surtout quand elle ne nous arrange pas et qu’elle porte au pouvoir nos adversaires. Contrairement à l’image qu’on se fait d’eux en Occident comme d’un danger et qui assimile l’islamisme au terrorisme. Je suis entièrement contre cette conception occidentale. Je n’accepte pas cela. L’islamisme, pour moi, veut dire quelqu’un qui a un background islamique. Il y a des islamistes violents et d’autres ne le sont pas. Les Frères musulmans, avec qui je ne suis pas d’accord du tout, sont absolument intégrables dans une démocratie. Ils ont quitté le terrain de la violence dès 1965. Ils seront un autre parti comme les partis de droite chrétienne en Europe.

-Vous parliez d’un pacte qui aurait été passé entre les militaires et les islamistes pour phagocyter la révolution. Pouvez-vous être plus explicite ?

Je n’accuse pas, mais il y a sans doute un accord entre eux, c’est très visible. Le Conseil militaire fait dans la manœuvre pour rester au pouvoir de manière indirecte. Il cherche un Président qui obéisse au doigt et à l’œil. Et pour réussir cette manœuvre, il ouvre la porte aux islamistes en les intégrant dans sa stratégie. Le Conseil militaire est en train de persécuter les révolutionnaires en les accusant d’être financés de l’extérieur et les faire passer pour des agents, ce qui est totalement faux par ailleurs, alors que curieusement il ferme les yeux sur le financement étranger des islamistes. On les a vus à la faveur de ces élections ; ils dépensent des fortunes. Le parti salafiste a acheté 30 appartements à Alexandrie pour cette élection. Il distribue des tonnes de nourriture gratuitement. En démocratie, le citoyen a le droit de savoir qui paie qui. Les militaires laissent faire les islamistes. Par ailleurs, sur le plan politique, il y a une convergence de vues sur la gestion de la transition. On voit comment les islamistes ne disent rien quand des jeunes se font massacrer sur la place Tahrir.

-Alors que des voix expriment leur inquiétude de la montée des islamistes, vous appelez à soutenir le futur Parlement même si les islamistes y sont majoritaires. Pourquoi ?

Absolument. Je soutien ce Parlement parce qu’il sera finalement la seule institution élue par le peuple. Et je trouve cela essentiel, parce que ce Parlement va nous aider à faire pression sur le Conseil militaire pour le pousser à quitter le pouvoir. Il faut laisser faire la démocratie. Elle est la solution. Cependant, je dois souligner que les élections n’étaient pas justes. La loi électorale a été faite de sorte à empêcher les révolutionnaires d’y participer.

-Les USA, qui ont une grande influence sur l’Egypte, semblent s’accommoder de la victoire des islamistes, alors que ces derniers présentent les Américains comme des ennemis jurés parce qu’ils sont contre l’islam. Qu’en pensez-vous ?

Ce n’est pas vrai. C’est une diversion. Les Américains ne sont jamais contre les islamistes. L’ami le plus proche de tous les gouvernements américains est l’Arabie Saoudite, qui est la source de toutes les idées wahhabites, mais à cause de son pétrole, aucun gouvernement américain ne peut critiquer ce royaume. Au Pakistan aussi, le général Dhiya El Hak était à la fois un agent américain et un extrémiste religieux. Les talibans ont été montés et financés par les Américains. Les Américains ne sont ni contre ni pour l’islam, mais plutôt pour leurs intérêts. Et quand leurs intérêts sont menacés, ils interviennent, comme au Chili en 1973 contre le président Allende. S’il y avait un gouvernement bouddhiste qui préserve les intérêts US, ils le soutiendraient ! Les islamistes, de leur côté, rassurent les Américains, notamment sur «les accords de paix» avec Israël. Je dois rappeler ici un article de Naom Chomsky publié le 4 février 2011 (soit quelques jours avant la chute de Moubarak) dans le journal britannique The Gardian. Il a dit clairement que «la démocratie en Egypte aura des problèmes. Et ce n’est pas la menace islamiste qui empêche le soutien américain au régime en place. Si l’Égypte devenait un pays réellement indépendant, elle serait un grand pays qui influencerait les pays arabes. Et cela, les Américains ne peuvent pas se le permettre parce que derrière il y a Israël». Ce qu’a dit Chomsky se produit maintenant. La manière américaine de contrôler la situation était de soutenir la dictature de Moubarak jusqu’à la fin, mais après la deuxième étape, de dire de très belles phrases sur la révolution tout en empêchant le changement. Je ne fais pas confiance au gouvernement américain. Il ne voudrait pas d’un progrès et d’une indépendance de l’Egypte.

-Nous avons assisté, durant la campagne électorale, à une attaque en règle des salafistes contre les libertés individuelles ; ils se sont attaqués à Naguib Mahfouz et veulent instaurer la charia !

Vous savez, le discours salafiste ne m’étonne pas. Il y a toujours un conflit entre l’extrémisme et l’art. Ce sont deux choses qui ne marchent pas ensemble. L’Europe a connu cela aussi. La littérature présente une vision du monde très tolérante, qui ne juge pas les autres ; elle pose des questionnements et tente de comprendre les sociétés. L’extrémisme, c’est le contraire ; il est dans le jugement permanent et classifie les gens. Les extrémistes pensent qu’ils sont détenteurs de la vérité absolue et prétendent détenir des réponses définitives. Si vous avez le goût littéraire, vous ne serez jamais extrémiste et le contraire est juste aussi.

-Cela ne vous fait pas peur ?

Il n y a pas de risque, mais plutôt un combat à mener et je suis déterminé à le porter. On doit défendre la liberté d’expression, qui n’est jamais un cadeau. C’est vrai que je fait l’objet d’un lynchage médiatique de la part des extrémistes, mais ce sont les hommes de main du pouvoir qui sont venus me menacer devant mon cabinet. Les salafistes sont un corps étranger à l’Egypte. Ils s’attaquent à des éléments qui structurent la société égyptienne. La musique et le cinéma sont des éléments essentiels de la culture égyptienne. Les salafistes défendent une conception de la religion importée d’Arabie Saoudite. Ils interprètent le désert. Ce qui est le contraire de notre interprétation de la religion qui est faite par Mohamed Abdou. Toutes les interprétations faites par Mohamed Abdou sont l’exact contraire de la vision salafiste de la religion ; il était pour la liberté de la femme, la liberté de création, la démocratie. Il disait déjà, en 1899, que la burqa n’a rien avoir avec la religion, que c’est une habitude qui vient du désert et que l’islam n’a jamais dit qu’il fallait cacher le visage de la femme.L’interprétation wahhabite de la religion, qui est très fermée, est soutenue par l’argent du pétrole et toutes ces chaînes de télévision.

-Comment avez-vous vécu le 25 janvier 2011 et la chute de Moubarak, vous qui militez contre le régime depuis des années ?

C’était un grand moment de ma vie, un moment unique. On ne fait pas de révolution chaque matin. C’est une chance de vivre des moments pareils, des moments où j’ai appris énormément de choses sur mon peuple. J’écris souvent le mot «peuple» dans mes romans et dans mes livres, mais c’était la première fois que je sentais ce que veut dire le mot peuple. Vivre avec deux millions de personnes sur la place Tahrir avec ce sentiment d’être une seule famille est extraordinaire. J’ai été inspiré pour écrire des livres et des livres ; j’espère avoir le temps pour le faire. -La révolution égyptienne sera-t-elle le futur roman de Aswany ? Je travaille sur un roman sur l’Egypte des années quarante depuis trois ans, mais j’ai arrêté d’écrire durant la révolution. Il est clair que la révolution sera présente dans mes prochains romans.

Entretien réalisé par Hacen Ouali

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Rédigé par Boussad OUADI

Publié dans #LA LUTTE DES CLASSES CONTINUE, #TAMAZGHA NNEGH

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Publié le 12 Novembre 2011

 

 

le 26.10.11 | 01h00  EL WATAN

 

 

A l’instar des autres pays du Maghreb et du Machrek, l’Algérie voit se développer un mouvement récurrent de révoltes populaires qui attestent la dégradation de la situation économique et sociale et la défiance à l’égard d’un système politique qui domine le pays depuis son indépendance en 1962.

Pour une Algérie démocratique

A l’instar des autres pays du Maghreb et du Machrek, l’Algérie voit se développer un mouvement récurrent de révoltes populaires qui attestent la dégradation de la situation économique et sociale et la défiance à l’égard d’un système politique qui domine le pays depuis son indépendance en 1962.

Nous y retrouvons les mêmes causes que dans les autres pays de la région : chômage endémique, faiblesse du pouvoir d’achat, aggravation des inégalités sociales, crise identitaire, absence de repères, notamment pour les jeunes générations.

Cependant, l’Algérie a ceci de singulier : elle a vécu ces dernières années les épreuves douloureuses d’une guerre civile qui continue à hanter les esprits et à marquer les comportements. Au-delà de la situation de blocage caractéristique du système politique, les mécanismes de sa reproduction sont encore loin d’être compris. Pour juguler toutes les formes de résistance populaire et en finir avec ses adversaires et ses contradicteurs, ses représentants ont recours, grâce aux revenus de la rente qu’ils dilapident, à la corruption et à la clientélisation de pans entiers de la société afin de perdurer.

C’est dans ces conditions qu’ils s’offrent le luxe de parler tous les langages, de définir les problèmes, les conditions du débat et de prétendre leur imprimer un sens. L’art du détournement et de la manipulation, le clonage d’organisations et l’exploitation éhontée de l’histoire du mouvement de libération nationale sont leurs armes favorites. Le Cercle Nedjma se propose de contribuer à l’analyse des mouvements sociaux qui se déroulent en Algérie dans leur environnement régional et international, comme à la clarification des idées et des situations que les différents acteurs de la société rencontrent dans leurs luttes et la réalisation de leur idéal de construction d’une société démocratique et d’un Etat de droit.

A l’initiative d’intellectuels convaincus que le statut de la connaissance ne dépend ni de la nationalité ni du lieu de sa production, le Cercle Nedjma récuse tout chauvinisme et s’attelle à contribuer à sortir l’Algérie de son enfermement.
Pour le cercle Nedjma

Mohammed Harbi (professeur d’histoire) ; Madjid Benchikh (professeur de droit) ; Aïssa Kadri (professeur de sociologie) ; Ahmed Dahmani (maître de conférences en économie)

Au moment où dans plusieurs pays voisins de larges parties de la population réclament des changements démocratiques, nombreux sont ceux qui se demandent si la Constitution algérienne et le système politique dans lequel elle prend un sens répondent à ces revendications populaires.
Cette question mérite d’être clarifiée pour permettre aux citoyens de s’engager dans le combat pour la démocratie en connaissance de cause.

Elle le mérite d’autant plus qu’en Algérie, comme dans d’autres pays, les gouvernants définissent leur Constitution et leur système politique comme des institutions favorables à la protection des droits du citoyen et des intérêts du pays. Ainsi, on peut observer que dès les premiers jours des contestations populaires pour la démocratie en Tunisie puis en Egypte, plusieurs responsables politiques algériens ont considéré que la situation en Algérie est très différente de la situation tunisienne ou égyptienne au motif que ce qui se passe actuellement dans ces pays s’est déjà passé en Algérie en octobre 1988.
D’après eux, les révoltes populaires de 1988 en Algérie ont abouti à la mise en place d’une transition démocratique articulée sur la Constitution de 1989, modifiée en 1996, qui ouvre la scène politique en autorisant le pluralisme.
De nombreux partis politiques, des associations et des syndicats ont été créés.

Les droits de l’homme et les libertés individuelles et collectives sont garantis par la Constitution qui organise la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.
Les citoyens participent à la gestion des affaires publiques grâce à des élections périodiques libres et honnêtes.
D’après le gouvernement, les Algériens ont compris que ces transformations démocratiques que réclament les autres peuples ont été déjà réalisées en Algérie. C’est pourquoi, d’après lui, le peuple algérien sera épargné par les troubles qui secouent plusieurs de ses voisins.  
Pour vérifier la véracité de cette argumentation, il est nécessaire d’examiner ce qui s’est passé en octobre 1988 pour savoir s’il s’agit d’un mouvement identique ou comparable aux mouvements qui ont secoué la Tunisie et l’Egypte. Il faudra ensuite se demander si les réponses apportées depuis 1988 aux problèmes politiques en Algérie vont dans le sens d’une transition démocratique ou si, au contraire, il s’agit de réponses qui visent à éviter la transition démocratique.


1) La transformation constitutionnelle de la scène politique algérienne après les explosions populaires d’octobre 1988


Les manifestations populaires d’octobre 1988 ont commencé à Alger et dans sa banlieue industrielle, pour ensuite se propager dans de nombreuses villes du pays. Elles étaient le fait de jeunes, souvent chômeurs ou sans logement, sans qu’apparaisse un encadrement politique particulier. Partout les manifestants s’en prennent violemment aux biens publics, ministères, Souk El Fellah ou grandes surfaces de distribution commerciales contrôlées par l’Etat. Le chef de l’Etat, Chadli Bendjedid, est conspué. A Alger, la manifestation populaire est violemment réprimée à balles réelles faisant près de 500 morts, selon un bilan non officiel. Le gouvernement décide alors, par la voix du chef de l’Etat, d’opérer des changements politiques. Il envisage d’abord de transformer le parti unique en front unique incluant plusieurs tendances, puis quelques semaines après, décide d’autoriser le multipartisme sous l’appellation d’«associations politiques».

La Constitution de février 1989 est ensuite adoptée par référendum populaire. La succession de ces faits ne dit pas par elle-même qu’il s’agit d’un mouvement populaire réclamant un changement démocratique. Plusieurs analyses ou points de vue ont été formulés sur les manifestations d’octobre 1988. Pour certains, les jeunes ont manifesté contre le système politique organisé autour du parti unique. Ils réclament la démocratie, pour d’autres, il s’agit d’émeutes de la faim. Pour d’autres, il s’agit à l’origine d’une manipulation née au sein du système politique lui-même par suite d’une de ses crises sur un fond de multiples mécontentements populaires auxquels les blocages du régime ne permettaient pas d’apporter des réponses appropriées. Mais le mécontentement populaire était tel que les services de sécurité ont été débordés et que les principaux responsables du régime se sont sentis menacés et ont recouru à l’armée qui tire à balles réelles sur les manifestants. En fait, les circonstances dans lesquelles se sont déroulées les manifestations de 1988 permettent de constater qu’à aucun moment ni la démocratie ni même la chute du système politique n’ont été réclamées. Aucune force d’opposition, telles que celles qui existaient à cette époque, n’avait participé ni au début ni à la fin aux journées de manifestation.

En Tunisie, les manifestations ont été immédiatement appuyées et rejointes par le mouvement des droits de l’homme, les partis d’opposition et surtout par l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT). En Egypte, les partis politiques d’opposition et de larges forces sociales ont appuyé et parfois encadré et conseillé le mouvement initié par des associations de jeunes qui étaient déjà sur le terrain depuis plusieurs années. En Algérie, en octobre 1988, aucune coordination de jeunes manifestants n’est née sur le terrain comme en Tunisie ou en Egypte, en Libye ou ailleurs. Aucune force n’a d’ailleurs jamais revendiqué une quelconque participation. Les manifestations de 1988 ne peuvent donc pas, de ce point de vue, être assimilées aux mouvements tunisiens, égyptiens ou libyens. Quelles que soient leurs insuffisances en matière notamment d’organisation et de programmation politique, les opposants tunisiens, égyptiens et libyens se sont très vite organisés pour continuer leurs manifestations et les transformer en insurrection contre le pouvoir politique. Ils ont rapidement demandé la chute du chef de l’Etat et la fin du système politique. En Tunisie et en Egypte, les insurgés ont maintenu la pression et la maintiennent toujours sur les gouvernants pour obtenir les transformations pour lesquelles ils se sont mobilisés. Rien de tout cela, qui est pourtant essentiel, n’a caractérisé les manifestations algériennes de 1988.


Enfin, les décisions prises et les transformations effectuées dans le système politique algérien l’ont été à la seule initiative des responsables du système lui-même, sans aucune consultation politique ou débat public avec d’autres forces politiques pour fixer le contenu de ces réformes. Les débats, qui ont été initiés par des médias contrôlés par l’Etat, n’ont été organisés qu’une fois que les décisions et les textes ont été publiés par les «décideurs». Tout s’est donc passé, en 1988 et par la suite, comme si tout se déroulait au sein même du système entre les groupes d’intérêts qui le composent. On ne peut donc pas comparer les événements d’octobre 1988 en Algérie à ce qui s’est passé très récemment en Tunisie, en Egypte, au Yémen et en Libye. Il convient aussi de s’interroger sur le contenu des réformes adoptées en 1989 en Algérie par rapport à ce qui est en train de se passer en Tunisie et en Egypte. Les gouvernants algériens font valoir que les réformes revendiquées par les peuples tunisien et égyptien ont déjà été réalisées en Algérie à partir de la Constitution de février 1989 qui établit les principales règles et caractéristiques d’un système politique démocratique.

La Constitution de 1989, modifiée en 1996, est évidemment insuffisante et perfectible sur de nombreux points pour assurer une transition démocratique. Mais la reconnaissance du pluralisme politique, associatif et syndical, la garantie des droits de l’homme, la séparation des pouvoirs sont, comme on l’a dit, les bases indispensables à toute transition démocratique. C’est ce que réclament actuellement les peuples tout autour de la Méditerranée, et c’est ce que reconnaît la Constitution algérienne. Les gouvernants algériens ont-ils dès lors raison de considérer que la «révolution» ou les transformations revendiquées ailleurs ont été déjà réalisées en Algérie ? Plusieurs éléments décisifs montrent que le système démocratique que décrivent les dispositions constitutionnelles et les discours gouvernementaux algériens n’existent pas dans la pratique et la scène politique algérienne.


2) La pratique politique algérienne depuis la réforme constitutionnelle

L’adoption d’une Constitution et de textes juridiques constitue l’un des points d’appui importants dans le processus de construction d’une transition démocratique parce que la forme juridique permet souvent de rendre opératoires les décisions prises par les gouvernants et d’avancer vers l’Etat de droit indispensable pour contrôler les détenteurs du pouvoir pour rendre justice et pour éviter toute sorte d’arbitraire. Mais, encore faut-il que les réformes portées par la Constitution et par les lois soient appliquées effectivement et en cohérence avec tout se qui se passe sur les différentes scènes politiques, économiques et sociales. Or, l’existence d’une Constitution qui énonce les principales caractéristiques d’un régime démocratique ne suffit pas à définir une transition démocratique. D’autres conditions doivent absolument être remplies pour parler sérieusement de transition démocratique. Sont-elles, elles, remplies en Algérie pour que les dirigeants de ce pays puissent considérer que la situation est différente par rapport aux autres pays ?
La première condition consiste évidemment à prendre les mesures nécessaires à la mise en œuvre des dispositions constitutionnelles démocratiques conformément à l’esprit et à la lettre de la Constitution. On se contentera ici des points les plus essentiels :

-A)- En Algérie, aucune mesure n’a jamais été prise pour rendre effective la séparation des pouvoirs. Les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire sont restés dominés par les mêmes forces politiques sous l’emprise du commandement militaire, animées par la direction de la sécurité militaire ou DRS. Ce pouvoir politique a veillé à garder la justice sous son contrôle strict. Les réformes du Conseil supérieur de la magistrature de 1990, qui auraient pu constituer quelque progrès, ont été rapidement modifiées pour soumettre au pouvoir politique les juges durant la période de la guerre civile et après cette période. Le Parlement n’a jamais tenté de remettre en cause les politiques gouvernementales et encore moins de procéder à des enquêtes crédibles sur la liberté de vote et sur l’honnêteté des consultations électorales, sur l’arbitraire ou sur la corruption dans les cercles dirigeants civils et militaires. La non-représentativité du Parlement par suite d’élections manipulées et d’une très forte abstention fausse la vie politique et décrédibilise la scène politique. La représentation syndicale est monopolisée par l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), transformée en «syndicat maison» et en relais des politiques gouvernementales. Les syndicats autonomes ne sont pas reconnus comme interlocuteurs. Les agréments nécessaires aux partis, aux syndicats et aux associations sont refusés lorsqu’il s’agit d’organisations autonomes. Des partis, des associations et des syndicats, reliés à différents centres du pouvoir sont créés pour relayer les politiques des gouvernants, ce qui pervertit gravement tout processus démocratique.

-B)- Les droits et libertés reconnus par la Constitution sont systématiquement violés, non seulement au cours la guerre civile, mais aujourd’hui encore.
Les arrestations arbitraires, les procès inéquitables, l’impunité des grands dirigeants politiques et militaires, le contrôle des médias, notamment les radios et télévisions, et le harcèlement d’associations de familles de disparus ou de victimes du terrorisme illustrent une pratique politique qui assigne à la Constitution une fonction décorative et fait du système politique une démocratie de façade.

-C)- Cette démocratie de façade peut, dans certains cas, faire illusion en permettant à des partis politiques, des syndicats et des associations autonomes quelques activités qui font croire à l’existence d’une ouverture du système politique. Cette façade démocratique contrôlée, destinée à couvrir l’absence d’alternance au pouvoir, permet d’éviter la remise en cause du système autoritaire et du monopole du pouvoir. L’analyse précise et circonstanciée des manifestations d’octobre 1988 et des réformes politiques intervenues à cette occasion ne permettent donc ni de comparer ce qui s’est passé en Algérie avec les mouvements tunisiens égyptiens et autres actuellement en cours, ni encore moins de considérer, comme le fait le gouvernement algérien, que l’Algérie a entamé ou réalisé une transition démocratique après octobre 1988.

Les réformes algériennes, sans toucher au contrôle de la société et à sa clientélisation, ont par contre permis de mettre en place une décompression autoritaire qui autorise des espaces de liberté surveillée, comme autant de soupapes de sécurité destinées finalement à éviter l’alternance et la mise en route d’un processus authentique de changement démocratique du système politique. En Algérie, il reste donc à envisager sérieusement les étapes, les priorités et les efforts qui doivent être accomplis pour engager une transition démocratique. L’un des arguments d’un processus de démocratisation est qu’il convient d’élire une Assemblée constituante qui aurait la représentativité et la légitimité nécessaires à l’élaboration d’une Constitution, loi fondamentale qui déterminera la nature du système politique, les règles qui régiront la vie politique, notamment les pouvoirs des principales institutions et les droits des citoyens.

Mais d’autres courants politiques opposés au pouvoir actuel ou favorables à son maintien soulignent au contraire le danger que peut représenter l’élection d’une assemblée constituante si la majorité de l’assemblée constituante décide d’élaborer une Constitution qui écarte ou réduit les libertés démocratiques, la séparation des pouvoirs et les principes universels des droits humains. Cet argument vise principalement l’éventualité d’une victoire islamiste à l’assemblée constituante dont on craint qu’elle n’ouvre la voie au remplacement du système autoritaire actuel par un système autoritaire islamiste.
Au-delà des appréciations que l’on peut avoir sur les positions en présence, le problème est que l’on aboutit ainsi à un blocage qui risque d’empêcher toute recherche d’un compromis entre les forces politiques et sociales pour trouver des issues à la crise politique en engageant une transition démocratique.

L’une des voies pour dépasser les peurs, les méfiances et les blocages serait que les forces politiques et sociales s’engagent d’abord dans la voie du dialogue et de la négociation pour définir les termes d’un pacte par lequel chacune des parties s’engage envers les autres et devant le peuple, à respecter au cours de la vie politique, des campagnes électorales et lors des délibérations de l’Assemblée constituante, toutes les libertés démocratiques, la séparation effective des pouvoirs, l’indépendance de la justice, les droits humains inscrits dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et développés dans les conventions internationales et notamment ceux des minorités politiques, sociales et culturelles.
Cette préparation de la transition démocratique par des négociations, menées de bonne foi et dans la transparence, dont les résultats seraient transcrits dans un pacte entre les différents acteurs politiques et sociaux, n’est pas destinée à brider le suffrage universel, mais doit servir à en assurer une expression durable, la plus à même de garantir un avenir à la consolidation d’une transition démocratique.

 

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Rédigé par Boussad OUADI

Publié dans #LA LUTTE DES CLASSES CONTINUE

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Publié le 6 Novembre 2011

 

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 Le Docteur Sekheri, fut dès son plus jeune âge admirateur de Georges Acampora, son voisin, homme exemplaire, militant et officier du corps des pompiers d’Alger. Il décida de baptiser son  centre médical Saha-plus  Sekheri du nom de Georges Acampora.

Désormais le centre Médical  Georges Acampora existe à Hammamet –Alger, grâce à cette belle initiative citoyenne. 

C’est à l’initiative de la Moubadara 24 Février, qu’un hommage fraternel a été organisé  le 29 octobre 2011. Cette cérémonie a été placée sous le double signe de la célébration de l'anniversaire du 1er Novembre 1954 et du 75e anniversaire de la création du Parti Communiste Algérien (PCA) le 18 octobre 1936.

Notices biographiques de GEORGES ACAMPORA

Extrait du livre: « Algérie. Engagements sociaux et question nationale. Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier Maghreb.  Sous la direction de René Gallissot »

Ed. Barzakh, Alger, 2007. 

« Sapeur pompier à ALGER, communiste, Georges Acampora opte au printemps 1955 pour la lutte armée avec quelques autres « européens » militants du PCA qui cherchent à  être intégrés à l’ALN. Il fait partie du « commando de choc » du Grand ALGER.il prépare les armes réparant notamment les culasses d’un lot provenant du camion détourné par l’aspirant MAILLOT dans les ateliers de la caserne de pompiers. Il prend notamment part à l’attaque du commissariat de la redoute (El Mouradia). Fait prisonnier en 1956, condamné a mort, il est gracié en 1959 avec 181 autres condamnés a mort. A l’indépendance, il devient Commandant de pompiers et demeure à ALGER.

 SOURCES :H.ALLEG, La guerre d’Algérie

S.KASTEL, le maquis rouge. L’harmattan, paris, 1997. Notice rédigée par Anissa Bouayed »

Pierre-Jean Le Foll Luciani est  élève de L'École Normale Supérieure de Lyon, il prépare un doctorat sur l'anticolonialisme en Algérie. Il  a recueilli les informations suivantes qu’il a bien voulu nous communiquer à l’occasion de cet hommage.

Avant la guerre d’indépendance, Georges Acampora a été secrétaire de la section Bab El Oued du PCA à Alger.

Le 1er octobre 1956, les paras l’arrêtent et saisissent à son domicile 9 tracts communistes « La Voix du soldat » (journal destiné aux soldats français du contingent, s’opposant à la guerre d’Algérie, édité par un réseau dirigé par Lucien Hanoun).

Il est inculpé comme dirigeant de la branche militaire des Combattants de la libération, organisation armée du PCA.

Il est condamné à mort par le Tribunal permanent des forcées armées d’Alger de 6 août 1957.

 

Cet hommage a été inauguré par cette allocution du camarade Noureddine Abdelmoumene.

Chères sœurs, chers frères, chers amis et chers camarades.

Nous avons le plaisir et la joie de nous retrouver ensemble, dans ce bel établissement, pour rendre hommage à un des nôtres, à un des fils de l’Algérie combattante, Georges Acampora.

A travers Georges Acampora, nous rendons hommage, à toutes les filles et fils de l’Algérie qui à travers les millénaires, les siècles et les années, à travers l’Histoire ont résisté, combattu, libéré et construit notre pays.

Je vous demande d’observer une minute de silence, à la mémoire de nos martyrs, de tous nos martyrs à travers l’Histoire…

Je vous remercie.

La cérémonie d’aujourd’hui se déroule à la veille de la célébration de l’anniversaire du 1er Novembre 1954, alors que nous venons de célébrer le 75e anniversaire de la création du Parti Communiste Algérien.

Jetons un regard sur notre programme de cet après-midi

 Nous donnerons d’abord la parole à M. Sid Ahmed Kessar, qui nous expliquera, en l’absence du Docteur Djamel Sakheri, comment et pourquoi les promoteurs de cette clinique ont voulu honorer  Georges Acampora, en donnant son nom au centre de dépistage du cancer.En réalité, c’est un hommage des enfants de Bab El Oued à un enfant de Bab El Oued !

 Fatah Agrane donnera ensuite lecture du message de Sadek Hadjeres adressé aux participants à l’hommage  à Georgeot

 La parole sera donnée à M. Mustapha Boudina, président de l’Association des anciens condamnés à mort , qui n’est pas encore dans la salle.

 Khaled Gallinari  donnera ensuite lecture d’un passage d’un livre en cours de finition de Pierre Cots, autre militant , autre enfant de Bab El Oued et ancien détenu à Serkadji et à El Harrach. Il nous révèlera, un Georges Acampora, syndicaliste.

Les amis de la Protection civile, famille professionnelle du lieutenant-colonel  Acampora, auront ensuite la parole.

Nous ferons une Halte musicale, avec  Réda Doumaz que nos amis connaissent bien, puis avec H’ssan Agrane, du Groupe  musical « caméleon », qui sont venus bénévolement participer à cet hommage

L’après-midi se terminera avec l’ouverture d’un débat et les interventions des anciens détenus, condamnés à mort et moudjahidine, de toutes celles et ceux qui veulent prendre la parole. Dans l’invitation qui nous a été adressée  à tous, on nous priait non seulement d’assister à l’hommage, mais de participer à cet hommage. Alors faisons-le !

 Qui est Georges Acompora ?

 Avant de donner la parole aux différents intervenants, essayons de rassembler quelques éléments biographiques. Il  nous a été particulièrement difficile de rassembler des éléments du chemin et du combat du fils de Bab El Oued. Il ne fallait pas trop compter sur notre ami, qui comme vous le savez est d’une discrétion et d’une modestie proverbiales. Heureusement qu’il y eut l’aide de Juliette. Nous noterons qu’il y a eu très peu d’écrits, de textes, de coupures de journaux, de photos, de témoignages. La dureté de la guerre de libération, la répression ont tout emporté. Mais enfin essayons !

Georgeot est né à la mi-février 1926, rue d’Orléans au vieux quartier de la Marine, à Bab El Oued. C’est là qu’il ira à l’école primaire. Sa maison natale, comme son école primaire seront rasées dans ce quartier vétuste. Toute la famille ira habiter à quelques centaines de mètres de là, mais toujours à Bab El Oued.

Les parents sont d’origine italienne. Georgeot sera le dernier des six frères et sœurs.

Le père Augustin Acampora vient d’Italie, il est marin pêcheur chez un patron à la Pérouse , aujourd’hui Tamentefoust.

Antoine, c’est le second prénom de Georgeot, quitte l’école à 14 ans, malgré qu’il était bon élève, sa mère ne voulait pas, mais il fallait bien tous travailler pour survivre.

Il travaille comme ouvrier pêcheur et se souvient comment il transportait à la force des bras et sur ses épaules les cageots de poissons  à partir d’Hussein Dey pour les vendre au marché de Belcourt.

Sa mère Clémentine Castagna, travaillait chez elle, à domicile, comme cordonnière.

Georges Antoine commencera ensuite à travailler chez Spinoza, comme apprenti tourneur, puis chez Fotiadis près de l’Agha, toujours en tant que tourneur. Il passera ensuite à l’usine Job de tabac à Bab El Oued, dans l’entretien du matériel. C’est chez Job, que cet ouvrier deviendra syndicaliste à la CGT et c’est là qu’il dirigera une grève de 40 jours de l’ensemble des quatre  usines de tabacs de Bab  El Oued.

En 1950, en début d’année, Acampora adhère au Parti Communiste Algérien (PCA). Comment y est-il venu ?

Il nous l’a confié en juillet autour d’un café : « hé bien comme j’étais sur le quartier,  je connaissais des camarades qui y activaient pour le PCA ; j’ai commencé à participer à des actions sociales avec les camarades , sans être membre du parti. Ensuite on assiste aux premières grèves, et là, tu commence à voir, à comprendre, à rentrer dans l’action. Je n’avais ni mon père, ni ma mère, ni mon frère dans ses idées-là. Les choses de la famille ce n’était pas ça…Je connaissais des camarades dans le quartier, alors j’y suis allé tout seul, à la section de Bab El Oued…C’est dans l’action avec les camarades que j’ai décidé d’entrer au PCA »

Acampora effectue son service militaire à Cherchell, ça l’aidera quand il a fallu qu’il prenne les armes pour libérer son pays. Quelques mois après novembre 54, au printemps 55, le PCA crée  ses propres maquis et ses propres  Combattants De la Libération les CDL , tout en poursuivant ses démarches pour prendre contact avec la direction du FLN et sceller les accords FLN-PCA pour l’intégration des CDL  au sein de l’ALN . Au sein des groupes de choc, Acampora participera à l’attaque du commissariat de la Redoute. Comme ouvrier tourneur expérimenté, il réparera les mitraillettes, rectifiera les culasses au sein des ateliers des pompiers. « Je rentrais une arme à la fois » dit-il

Sur dénonciation Georgeot est arrêté à la caserne, torturé, emprisonné à Serkaji, puis fut condamné à mort.

Ce n’est que début 1959, qu’il passera de Serkaji à El Harrach. Il venait de bénéficier d’une grâce et sa peine fut commuée en travaux forcés à perpétuité, avec 181 patriotes condamnés à mort. De ce passage à El Harrach il conservera une belle, de ses rares photos, avec un groupe de jeunes prisonniers. Il montre le jeune qui est au centre, «c’est notre muezzin» dit-il et c’est moi qui le réveillais chaque matin pour qu’il lance l’appel à la prière. C’est vrai qu’un condamné à mort apprend à ne pas s’endormir avant l’aube

 Mon idéal demeure

 Le  11 mars 1991, après le séisme qui a secoué les partis communistes et les pays socialistes, le journal l’Humanité, organe central du Parti Communiste Français, publiait un entretien avec Georges Acampora.

Le mouvement de libération national, déclare-il, a canalisé tous les patriotes sur l’objectif de l’indépendance de l’Algérie. Les communistes algériens ont participé à ce large mouvement de libération nationale. A cette  époque la perspective socialiste donnait à notre combat un objectif à long terme. Nous avons partagé cet espoir avec des nationalistes issus du MTLD (Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques).

Personnellement j’ai participé après l’indépendance aux brigades de travail volontaire pour la réforme agraire. Nous avons aidé les paysans à occuper les grandes propriétés laissées vacantes par le départ des colons. Nous avons participé bénévolement au reboisement des régions entières napalmées. Je me souviens du rassemblement de l’Arbatach. Plus d’un million de personnes étaient là. La venue de Che Guevara à Alger avait enthousiasmé notre jeunesse. Aujourd’hui ces arbres atteignent une hauteur respectable. Le socialisme n’est peut-être plus à l’ordre du jour, mais je reste profondément attaché à mon idéal. Je continue à militer au Parti de l’Avant- Garde Socialiste (PAGS). J’espère que la façon dont s’est déroulé la Guerre du Golfe va faire tirer aux peuples de la région les enseignements nécessaires pour qu’une telle tragédie ne puisse se renouveler »

 Si vous interrogez aujourd’hui  Georgeot  sur les mêmes sujets, il vous renouvèlera ses convictions politiques et idéologiques et vous redira : « mon idéal demeure ! »

 Julia

  On ne peut parler de Georgeot sans parler de Juliette, c’est pourquoi l’hommage d’aujourd’hui s’adresse à eux deux, à ce jeune couple de 62 ans de vie commune.

Juliette s’appelle en réalité Julia Garcia. Elle est née un 15 mars 1930 à Notre Dame d’Afrique. Elle est la dernière de six enfants : trois garçons et trois filles.

Le couple Garcia a fui l’Espagne à cause de la misère. Le père Pascal s’engage comme maçon à Notre Dame d’Afrique, la mère Ascension Nadal s’engage comme femme de ménage dans les familles bourgeoises.

Juliette raconte que dans ce coin pauvre de la capitale « il y avait des Algériens, des Italiens et des Espagnols. ». Il n’y avait pas de Français, dit-elle !

En 1936 le père part en Espagne, c’est la guerre civile, ce républicain ne reviendra pas.

A partir  de ce moment toute la famille doit travailler pour survivre.

A 14 ans, Juliette  fait des ménages, puis entre en apprentissage, et à 16 ans elle est déjà ouvrière dans une usine de chaussures à Bab El Oued, où la famille demeure.

Destin commun : Juliette et Georgeot se rencontrent à Bab El Oued. Fidèles, ils ne se sont jamais quittés, ni quitté leur quartier. Si, quand même, pendant les années noires de la guerre de libération nationale où Georgeot avait été arrêté en 1956, sur dénonciation, à la caserne des pompiers, baptisée aujourd’hui Khelifi.

Juliette n’a pas baissé les bras; pourtant, elle était comme une pestiférée dans un quartier hostile aux combattants pour l’indépendance. Elle sera à plusieurs reprises kidnappée par la police pour interrogatoires. Même l’OAS tentera de la racketter !

Dans son atelier de chaussures elle trouvera l’aide d’un petit patron juif, qui non seulement la gardera comme ouvrière, mais les jours de paie, s’arrangeait pour ajouter un bonus, afin de préparer le panier destiné à Georgeot. Un couple bâti dans la lutte commune.

A l’indépendance, Georgeot reprend son boulot comme sapeur pompier, et Juliette se transforme en standardiste à Alger républicain jusqu’en juin 1965, pour être ensuite vendeuse, puis cantinière… Elle arrêtera de travailler dehors, à 70 ans !

Il m’est arrivé de poser la question provocatrice à Juliette « quel est le défaut de Georgeot ? ». Elle fait semblant de réfléchir pour dire enfin « il ne parle pas beaucoup ! »

Je pose la même question à Georgeot. Son visage s’éclaire d’un large sourire, ses yeux se plissent, mais il ne dira rien ! On s’est compris.

Adorable Juliette, aujourd’hui un ami, Fatah Agrane, a préparé une lettre pour toi.

Écoutons-le…

 

Lettre à Juliette

 

Bonjour camarade !

Aujourd'hui je voudrais te dire des tas de choses !

Comme, comment m’apprendre à tresser le courage, tailler l’espoir pour en faire emblème!

Comment allaiter le condamné a mort avant la guillotine !

Te dire de m’apprendre à résister et lutter pour deux, pour mille, pour l’idéal !

Je me contenterais juste de te demander de me raconter l’histoire du (pull)

Le pull destiné A Fernand, il avait froid le camarade en ce début du mois de février 1957 dans le quartier des condamnés a mort de la prison de Barberousse a ALGER ! Sa femme est venue te voir pour lui transmettre à travers son compagnon Georgio, un pull qui puisse le tenir au chaud car c’était ton jour de parloir !

Et tu te présentas fierté !a la porte de la prison voulant faire la chaine pour voir ton amour  GEORGIO, les femmes présentes sur les lieux t’avaient alors demandé de ne pas rentrer ce jour la ! Étonnée et angoissée tu avais foncé vers la porte et la on t’informa que FERNANT IVETON à été guillotiné a l’aube, avec ses compagnons Mohamed OUENNOURI et MOHAMED LAKHNECHE

La terre avait tremblé sous tes pieds, et tu avais éclaté en sanglots, les femmes t’avaient dis alors !surtout pas devant eux ! Ne pleure pas devant « l’isstiaamar »le colonialisme.

Ils les ont guillotinés à l’aube !....le poète Nazim Hikmet disait dans une lettre de prison à sa bien aimée pour la rassurer « on ne va quand même pas arracher la tête d’un homme comme on arrache un navet ! »

Et pourtant ma chère JULIETTE ! Comme l’avais dit le jour même de l’exécution ANNIE FIORIO STEINER détenue au même moment et à la même prison dans le quartier réservé aux femmes !

Ce matin ils ont osé

C’était un matin clair

Aussi doux que les autres

Ou vous aviez envie

De vivre et de chanter.

Vivre était votre droit

Vous l’avez refusé

Pour que par votre sang

D’autres soient libérés.

Que vive votre idéal

Et vos sangs entremêlés

Pour que demain ils n’osent plus

Ils n’osent plus

Nous assassiner.

En sanglots tu te présentas au parloir devant GEORGIO qui te répéta la même chose «ne pleure pas, veux-tu faire plaisir aux gardiens ? Ressaisis toi, oui, à l’aube ils ont exécuté Fernand Iveton et les deux frères ! Surtout ne pleure pas !

Le couffin a été remis et le pull d’IVETON c’est  GEORGIO qui l’a mis  jusqu'à la fin, jusqu'à ce qu’il tombe en lambeaux !

La légende dit que ce pull a été porté par tous les condamnés à mort exécutés et ceux restés en vie !

Par nos chouhada tombés au champ d’honneur pour que vive l’ALGERIE libre et indépendante !

Ce pull a voyagé dans le ciel bleu d’ALGERIE ! Pour raconter le rêve des martyrs pour la justice, la solidarité et la liberté !

Ce pull qu’a porté GEORGIO et toi ma chère JULIETTE nous le porterons toujours sur notre dos et dans nos cœurs ! La légende dit qu’il avait trois couleurs, vert, blanc et rouge frappé d’un croissant et d’une étoile !

JULIETTE je t’embrasse !

aujourd’hui je voudrais te dire des choses !que je ne pourrais jamais parler de GEORGIO, OUENNOURI, IVETON, LAKHNECHE, sans penser à toi ! et à tes semblables résistants anonymes de notre peuple !

Que je ne pourrais jamais penser au combat sans me rappeler ton doux sourire et ta voie cristalline !

Que je ne pourrais jamais parler liberté sans condamner le colonialisme !

Tu sais JULIA rien qu’hier sur les colonnes d’EL WATAN deux journalistes de ce quotidien ont écrit en réponse à un historien indigné devant leur aplaventrisme devant l’OTAN que (la lutte contre l’impérialisme est un combat d’arrière garde), c’est sûr qu’ils ne t’ont pas connue ! c’est sûr qu’ils n’ont pas porté le pull d’IVETON et d’un million et demi de « chouhada » ! savent- ils au moins qu’ils parlent du stade suprême d’un ordre qui a engendré le colonialisme ?

Je t’embrasse mère, camarade !

 FATEH AGRANE,

Alger le 28 10 2011

Sur Youtube vous trouverez des morceaux choisis de ces moments émouvants en compagnie de Georges et Juliette.

Vidéos de la commémoration de George  Acampora 

http://www.youtube.com/watch?v=qSSb52CdpAQ

Reda Doumaz et le groupe Caméléon

http://youtu.be/fDCu5Vmsvpc

 

 

Vidéos de la commémoration de George  Acampora 

http://www.youtube.com/watch?v=qSSb52CdpAQ

Reda Doumaz et le groupe Caméléon

http://youtu.be/fDCu5Vmsvpc

 

 

 

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Rédigé par Boussad OUADI

Publié dans #NOTRE HISTOIRE, #LA LUTTE DES CLASSES CONTINUE

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Publié le 4 Octobre 2011

El Watan le 03.10.11 | 

 

Aïssa Kadri, sociologue

zoom | © Souhil. B
 

 

Aïssa Kadri est maître de conférences en sociologie à l’université Paris XVIII, responsable du master Méditerranée/monde maghrébin. Il est directeur de l’Institut Maghreb-Europe.

Il a dirigé plusieurs travaux de recherche : «Parcours d’intellectuels maghrébins, scolarité, formation, socialisation et positionnements» et «Mémoires algériennes» (avec Gérard Prévost).
Il est auteur de l’étude «Les Enseignants issus des immigrations (avec Fabienne Rio). Dans cet entretien, il livre une profonde analyse sur l’incapacité des intellectuels algériens à prendre la locomotive» des mouvements sociaux dans le pays et sur leur instrumentalisation par les pouvoirs.

-Pourquoi, selon vous, l’intelligentsia algérienne est-elle à la traîne des mouvements sociaux dans le pays ?

Il y a des causes à la fois historiques, sociologiques et politiques. La période coloniale a été un moment historique-clé où s’est configuré le mode d’instrumentalisation des élites et intelligentsias. Les Algériens ont été faiblement concernés par l’enseignement colonial et les rares élus du système n’ont, à quelques individualités près, pas du tout été intégrés dans les cercles restreints du pouvoir. Ceux qui l’ont été, l’ont été dans un but de démonstration à destination de la société dominée, pour montrer ce que pouvait la France pour les élus du système – les assimilés – qu’elle cooptait. Il en est de même dans le système actuel, en dépit d’un développement massif de la scolarisation, le système politique et social a pratiquement fonctionné depuis l’indépendance jusqu’à aujourd’hui avec une «vieille» classe politique qui doit sa place plus à une légitimité historique que scientifique.

Là également, l’accès aux ressources politiques n’apparaît que comme le fait de pratiques de cooptation clientéliste. Le mode de reproduction qui a prévalu jusque ces dernières années a lui-même contribué à faire advenir dans l’espace public des «élites clonées» qui fonctionnent dans le même registre que leurs devancières. De manière générale, l’Etat, dans les deux situations historiques, a ponctionné, selon des critères subjectifs, clientélistes et ponctuels, dans le «vivier» des produits du système d’enseignement. Si l’on revient à l’histoire, on constate donc que l’intelligentsia algérienne a été à la traîne du mouvement national.

L’idée indépendantiste est née au sein de l’immigration ouvrière algérienne et les «élites», les intelligentsias n’ont fait que suivre le mouvement, elles se sont agrafées au mouvement plébéien en intégrant les valeurs. Au lendemain de l’indépendance, les velléités d’autonomie des étudiants et de certains intellectuels qui avaient ouvert des débats critiques sur les langues, la culture, l’éducation, ont tourné court, et à la fin des années 1960, ces intelligentsias se sont inscrites dans une logique de soutien critique aux thèses du national-développementalisme. Là aussi, du fait de l’évolution de l’université, des caractéristiques de l’intelligentsia et du type de marché du travail qui se structurait et du fait également que l’Etat était central dans le placement et le classement social, économique, ces élites ont été fascinées par l’Etat et sont entrées en demande permanente vis-à-vis des cercles de pouvoir qui occupaient l’Etat. Il y a là un ensemble de causes qui éclairent le fait que ces intelligentsias n’ont pu s’autonomiser.

On peut ajouter d’autres causes, entre autres un nationalisme jeune, porté par un contexte géopolitique de rupture avec «l’impérialisme», un anti-intellectualisme persistant porté par un vieil atavisme soupçonneux d’un noyau rural du pouvoir à l’égard de qui est porteur de savoir qui plus est en langue étrangère. Tout ceci et l’enfermement dans le positionnement binaire ou exclusif étatisme versus populisme, ont fait que ces intelligentsias, ces intellectuels n’ont pu produire du sens et accompagner ou s’inscrire dans les mouvements sociaux. Ils n’ont pu faire jonction avec ces mouvements et leurs propres mouvements ont été le plus souvent décalés par rapport à ce qui travaillait au fond la société.  

-Les choses ont évolué lors des années 1980…

Les années 1980 sont importantes comme césure et elles éclairent tout à la fois les transformations du mouvement social et celles des rapports Etat/société/intelligentsias. Jusqu’aux années 1980, pour faire vite, disons que le mouvement social a pâti de l’entrisme d’une catégorie dominante de l’élite. De ce point de vue, les intellectuels et intelligentsias inscrits dans la mouvance du Parti de l’avant-garde socialiste (PAGS),  soutien de ce qui était proclamé «les tâches d’édification nationale», ont eu une grande responsabilité dans les blocages du mouvement social et dans sa transformation qualitative, dans son affirmation dans l’espace national.

Ce qui va progressivement monter en puissance dès lors, ce sont les mouvements de contestation proprement locaux, identitaires et culturels, et qui vont rapidement s’épuiser, se fragmenter et s’enraciner en contestations débridées, corporatistes ou nihilistes. L’absence de porteurs de sens a dès lors abouti à déconsidérer, à phagocyter et à délégitimer le mouvement social. 1988 est, de ce point de vue, une dernière manifestation, même si tout le territoire national n’a pas été affecté de la même façon d’un mouvement transversal, disons-le, plus national que local. La rupture s’affirme également dans le mode d’action qui va prédominer à partir du tournant des années 1980. La forme de la contestation va donc globalement, à partir de 1988, être celle de l’émeute, de contestations réactives, violentes, destructrices, non articulées à des groupes porteurs de sens. Elle témoigne de la faillite des intellectuels qui ont été des «supplétifs» du pouvoir.

-Peut-on évoquer une forme de complicité des intellectuels avec les régimes politiques qui se sont succédé en Algérie ?

Je ne dirais pas complices. Je crois qu’un ancien ministre, technocrate qui a tutoyé le pouvoir, a parlé de «harkis du pouvoir». Je dirais que les intellectuels et intelligentsias ont été instrumentalisés par le pouvoir. Ils ont accepté cette situation, dans certains cas ils l’ont devancée et la devancent toujours dans leurs offres de services déguisées sous les oripeaux du nationalisme et de l’alibi consolidation de l’Etat, alors que celui-ci se privatise, se régionalise et se corrompt. Les intelligentsias sont toujours en attente de l’Etat, même quand celui-ci les met au placard. On en veut comme preuve les attentes portées par les rumeurs persistantes sur les placements – nominations et distributions de maroquins et de prébendes – au sein de l’Etat. En l’absence d’autres espaces concurrentiels dans la réalisation des aspirations d’une société civile dense, l’offre de services au pouvoir va perdurer et faire perdurer celui-ci à travers «la carotte» qu’il agite.

-Est-il possible de construire une classe intellectuelle d’opposition ?

Il y a quelque chose dans votre question qui est de l’ordre du volontarisme. Une classe intellectuelle ne se construit pas comme ça. Un champ intellectuel est le produit d’une histoire de processus long. De ce point de vue, les institutions d’enseignement sont primordiales dans leur définition et redéfinition en ce qu’elles peuvent contribuer à structurer ce champ intellectuel.
Et de ce point de vue, on en est loin quand on se penche sur les productions intellectuelles. Je ne voudrais pas revenir sur l’évaluation de la recherche scientifique ni sur celle de l’université, il suffit d’observer le faible poids des revues scientifiques et des productions intellectuelles pour mesurer le chemin qui reste à faire.

Le journal El Watan devient en quelque sorte un substitut à cette absence et joue, dans sa page Idées-débat, le rôle d’une revue scientifique. Sur les révoltes ou le Printemps arabe, on aurait souhaité que les universités et les chercheurs s’en emparent et fassent avancer librement la réflexion. On a vu par ailleurs certains journaux allumer des contre-feux à travers la disqualification de la parole intellectuelle parce que non située du point de vue de la position officielle.
En un mot, pour qu’il y ait des intellectuels critiques, il faudrait qu’existe un champ intellectuel en tant qu’espace de relations et d’interactions avec ses «agents sociaux» et institutions spécifiques.

Pour que s’affirment un champ intellectuel et des intellectuels autonomes, on doit faire prévaloir la liberté de pensée, la liberté de conscience. Peut-on penser qu’on est sur cette voie quand on sait l’état dans lequel se trouvent les institutions d’enseignement, le niveau du développement du livre et de la lecture, la faiblesse éditoriale des revues scientifiques ? Il faut que l’université algérienne et les institutions de recherche jouent leur rôle. Je crois savoir que pour organiser un colloque ou toute activité scientifique au sein des universités, il est nécessaire d’en informer la tutelle. Ce n’est pas de cette manière que la pensée intellectuelle va se développer. La pensée, les connaissances ont besoin de l’existence d’un espace d’altercation et d’opposition de points de vue.  

-De débat…

Le débat intellectuel nous interpelle à l’ouverture sur les autres et le patriotisme bien compris n’est pas synonyme d’enfermement national ou communautaire. Je vois bien les critiques qui tendent à disqualifier tout débat dès lors qu’il n’est pas situé du point de vue souverainiste, nationaliste. Un collègue vient de regretter que des enseignants chercheurs algériens n’aient pas participé au colloque ! Je ne crois pas qu’il y ait un monopole national dans l’analyse de ce qui se passe chez nous. Le seul critère qu’on doit faire valoir est quels travaux sur la question ont-ils publié. Quand en Europe on invite sur les plateaux télévisuels des intellectuels, c’est toujours à partir de leur dernière publication.

A l’échelle locale semblent ainsi prévaloir les enfermements nationaux et communautaires ; cependant on observe en retour de nouveaux engagements portés par de nouveaux intellectuels «mondialisés». Les télévisions satellitaires jouent, de ce point de vue, un rôle considérable. De plus en plus, l’action intellectuelle apparaît déterritorialisée, non liée à un pays ou à un territoire. La distance peut à ce titre, à l’image de ce qui avait prévalu dans les années 1920 dans l’immigration algérienne, fonctionner comme  déclencheur en situant les blocages et en nommant les choses.

-Cette classe intellectuelle ne risque-t-elle pas d’être dépassée par les événements ?

Si les mouvements sociaux sont assez imprévisibles dans leur déclenchement et leurs effets, les travaux de recherche, les travaux de terrain, les enquêtes sociologiques, les analyses et points de vue développés peuvent éclairer sinon les causes et les raisons en œuvre, du moins situer les contradictions, les points d’achoppement, les enjeux. De ce point de vue, nous avons besoin d’une bonne connaissance du terrain et de la société qui change très vite. Et ceci manque terriblement. Pour une bonne connaissance, il faut donc rompre avec tous les ethnocentrismes, aller jusqu’à ce qu’un de mes collègues et ami (Gérard Leclerc dans son ouvrage Histoire de l’autorité) caractérise comme  la «profanation» des origines culturelles et une mise en cause jusqu’à l’insupportable de l’identité collective.

C’est sans doute là que les choses achoppent pour nombre d’intellectuels et d’intelligentsias socialisés au moule d’une même forme de transmission, d’inculcation et d’accès au savoir. Mais on n’en est pas là, les intellectuels et les intelligentsias ne sont pas sur le terrain, ils fantasment sur la société et l’imaginent correspondre à leur vision, ils développent plutôt des discours idéologiques en porte-à-faux du mouvement social. Ce que vous appelez le dépassement est déjà là, dans la fragmentation du mouvement social, dans le désenchantement généralisé. L’ouverture du débat est cruciale.

Les réformes par le haut, comme la gestion par la rente, ne peuvent que desserrer momentanément l’étau des exigences sociales  et des demandes de réalisation de soi. Pour des jeunes générations qui s’émancipent du cadre de l’Etat-nation et des fondamentaux de la vieille classe politique et sont inscrites dans les bruits du monde, il y a plus que de la frustration, une volonté de reconnaissance, de sortie d’une domination qui phagocyte leur émergence en tant qu’individus libres et responsables. Nombre d’intellectuels participent de cette génération, sont dans les mêmes référents ; la fermeture et le contrôle de l’espace public, la rétention d’espaces de liberté courent le risque, déjà là, de fractures générationnelles, d’atomisation du mouvement social et de remise en cause du vivre-ensemble.

L’autisme ne règle rien, bien au contraire, il approfondit le délitement et ne fait que reculer l’échéance. Le pays n’est pas en dehors de l’histoire, il entrera également dans cet espace-temps générationnel marqué par des demandes de dignité et l’exigence d’autres modalités de participation à la vie de la cité. Ce qui est sur l’agenda, ici, c’est simplement le moment, l’ampleur et les formes que prendra le mouvement social.  

Fayçal Métaoui

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Rédigé par Boussad OUADI

Publié dans #LA LUTTE DES CLASSES CONTINUE, #NOTRE HISTOIRE

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Publié le 29 Septembre 2011

Abderrazak Dourari : «La politique linguistique a inculqué la haine de soi»

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EL WATAN le 29.09.11

Abderrazak Dourari
zoom | © D. R.

Abderrazak Dourari est professeur en sciences du langage. Il dirige actuellement le Centre national pédagogique et linguistique pour l’enseignement de tamazight au ministère de l’Education nationale. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont Les Malaises de la société algérienne, crise de langue, crise d’identité (paru aux éditions Casbah), Cultures populaires, culture nationale (l’Harmattan, Paris 2002) ainsi qu’un essai à paraître prochainement de présentation critique des «théories linguistiques de F. de Saussure à Chomsky».

-Comment expliquer aujourd’hui que beaucoup de jeunes n’arrivent plus à établir une phrase structurée, en arabe comme en français ?

Les Algériens s’expriment bien dans leurs langues maternelles (tamazight et arabe algérien) même si celles-ci évoluent comme partout dans le monde sous l’influence linguistique des autres langues, comme l’arabe scolaire, le français, l’espagnol ou même parfois l’anglais à un degré moindre.La langue arabe scolaire et le français, tout en ayant un statut particulier pour nous, ne sont pas nos langues maternelles et, à ce titre, elles sont acquises, bien ou mal, grâce ou à cause de l’école et de tout le système éducatif du primaire au doctorat. Cependant, la non-maîtrise aujourd’hui avérée des langues (où on a vu des traducteurs supposés maîtriser trois langues n’en maîtriser absolument aucune) révèle un aspect important de la déliquescence du système éducatif algérien sous-encadré et permissif, qui privilégie l’ordre public au savoir.

Contrairement aux années 1970 où le niveau universitaire était très élevé (il y avait même des enseignants américains, anglais, indiens, pakistanais, français… de très haut niveau) grâce à un niveau d’exigence scientifique correct – car la règle était claire : ce n’était pas à l’université de descendre pour prendre en charge ceux qui traînaient, mais c’était bien à ces derniers de s’élever au niveau d’exigence des universités dans tous les domaines du savoir. Les cycles infra-universitaires recevaient par conséquent un encadrement universitaire de qualité et eux donnaient un enseignement de qualité à leurs élèves…

-Le processus d’arabisation enclenché dans les années 1970 a-t-il brouillé les repères ?

La politique linguistique d’arabisation est l’une des plus absurdes et destructrices menées par un gouvernement dans le monde. On la voulait comme une opération magique. Du jour au lendemain, on voulait que tout le monde, y compris les analphabètes, parle l’arabe scolaire ! On se rappelle les débats sur «l’arabisation progressive et progressiste» pour les uns et «l’arabisation totale et immédiate» des autres.

Ce fut cette dernière qui fut menée tambour battant par les passionnés du parti unique et qui est au principe du désastre linguistique et culturel qu’on commence à reconnaître aujourd’hui. Cette politique s’est attaquée aux langues algériennes (arabe algérien et tamazight) avec autant de férocité qu’à la langue française, tant et si bien qu’elle a complexé tous les locuteurs et brisé tous les ressorts sociétaux de maîtrise de la langue française – outil indispensable pour le lien avec la rationalité et le savoir moderne.

Pour couronner le tout, cette politique n’a pas permis une meilleure maîtrise de la langue arabe scolaire, loin s’en faut, car elle a consisté essentiellement à inculquer et diffuser de manière cellulaire le conservatisme religieux et l’irrationalisme dans toutes ses formes y compris celui du style des zaouïas combattues naguère par l’association des oulémas musulmans algériens. Tant que les lycées étaient bilingues, on continuait à enseigner les idées fondatrices du mouvement du siècle des lumières et de la raison universelle, mais la politique d’arabisation précipita la fermeture de tout accès à ces enseignements dont la mentalité algérienne avait besoin et replongea celle-ci dans la tradition archaïque et le fatalisme.

On le sait maintenant, la politique d’arabisation a réussi à rendre l’esprit de nos enfants sensible à l’islamisme – idéologie la plus rétrograde de nos jours – au point de se constituer chair à canon (kamikazes) pour la défendre. Cette politique linguistique a inculqué, y compris à l’élite au pouvoir, fabriquée par le parti unique, la haine de soi qui les pousse jusqu’à se fabriquer des ancêtres en Arabie ou au Yémen. Comme si les gens pouvaient choisir leurs parents et leur lieu de naissance !

-Est-il possible de déterminer la langue que parlent les Algériens ?

Les Algériens parlent leurs langues maternelles – variétés de tamazight et de l’arabe algérien très mal servies par l’Etat en matière de prise en charge institutionnelle et éducative. Dans le domaine institutionnel, le français garde, à côté de l’arabe scolaire, une bonne place dans les domaines élaborés (législation, comptabilité, finances, études universitaires, littérature…) au moins comme source de documentation. Les doctorants en langue arabe scolaire préfèrent se rendre en France pour mieux connaître la langue arabe car le monde arabe a depuis longtemps quitté la bataille de la rationalité et du savoir, et quasiment rien ne se produit plus dans cette langue : ni le pain ni même la grammaire arabe ou les études islamiques qui sont meilleures en allemand, en anglais et en français…
La posture intellectuelle imprimée aux universités et au système éducatif est celle du combat contre l’esprit critique au profit d’une posture apologétique et du culte des ancêtres mythiques («as saslaf as salih», disent-ils).

-La dépréciation du savoir et de la compétence induite par la transformation des universités fabrique de faux diplômes, voués à soutenir les élites au pouvoir, à déprécier aussi la compétence dans la société et dans le marché de l’emploi dominé par l’allégeance, la rente, l’enrichissement le plus rapide et par tous les moyens. Pourquoi alors faire semblant de persister à vouloir que les Algériens fassent des efforts pour apprendre les langues ?

Cela dit, le français reste la langue seconde du domaine formel la moins atteinte et la plus répandue dans le tissu social algérien ; c’est dans cette langue qu’il est possible de bâtir une reconquête de nos capacités expressives linguistiques et scientifiques.

-Les Algériens utilisent un langage parlé flamboyant d’inventivité, usant de néologismes inattendus. Mais leur capacité à tenir une discussion dans une langue soutenue est très limitée. Quelle est votre analyse ?

En matière de création néologique, les Algériens ne sont pas les seuls, en ce sens que tous les locuteurs du monde entier essaient de se mettre à jour eu égard à des idées et produits diffusés dans l’espace sociétal et auxquels ils font face dialectiquement. Il n’y a pas d’autre alternative aux innovations et aux néologismes. Avec les NTIC, qui sont devenues aujourd’hui invasives dans tous les interstices de la société, toutes les langues inventent…
Les échanges interculturels, la diffusion des idées, la relativisation des mœurs et des systèmes d’organisation politique se mondialisent et les perceptions, les représentations sociales et culturelles changent… C’est ce que refusent de comprendre les régimes autocratiques arabes et leurs alliés objectifs, les mouvements politiques régressifs qui, paradoxalement, usent des moyens produits de la raison humaine pointue pour diffuser et inculquer les idées de régression intellectuelle. Les cloisonnements nationaliste, linguistique, ethnique, moral… sautent et de nouvelles valeurs naissent et s’installent progressivement. L’enjeu n’est pas du tout national mais bien inter-national (le trait d’union est intentionnel).

Pour tenir une discussion soutenue, comme vous dites, il ne suffit pas seulement de maîtriser une langue du savoir ; il faut aussi disposer d’un niveau de savoir suffisant. Ce sont là nos deux échecs les plus patents et les plus pathétiques. On est derniers en matière de savoir théologique et on est derniers aussi en matière de savoir scientifique. On ne maîtrise pas la langue arabe scolaire et classique pour se tirer d’affaire en théologie et on ne maîtrise pas non plus les langues étrangères pour se tirer d’affaire dans le domaine du savoir scientifique rationnel. On refuse d’entendre ce qui se passe ailleurs (surdité) et on refuse de parler nous-mêmes (mutité).

-L’écart entre les quartiers populaires et les zones résidentielles semble s’accentuer. Peut-on parler de «fracture linguistique» ?

Encore une fois, les Algériens parlent d’abord algérien. A ce niveau, il n’y a pas de hiatus. L’écart dont vous parlez provient de l’écart dans les moyens dont disposent les différentes classes sociales algériennes. Les classes supérieures, du fait de leurs moyens importants et de la proximité qu’elles ont avec les élites au pouvoir, voyagent dans le monde et voient ce qui s’y passe. Elles n’accordent aucun sérieux aux déclarations grandiloquentes des gens du pouvoir qui sont les premiers à avoir mis leur progéniture dans les écoles étrangères, tout en déclarant aux gens des classes inférieures que le système éducatif algérien est le meilleur de la planète, les poussant à verser dans une défense fanatique de la politique d’arabisation qui a brisé cette belle langue arabe scolaire avant briser les langues étrangères.Les enfants de ces classes supérieures, habitant les quartiers huppés, ont logiquement continué à apprendre et à parler le français même à un âge très précoce.

Toutes ces incohérences nous mènent à penser que seule une politique linguistique, éducative et culturelle fondée sur la raison (et non pas sur la passion) et sur les enseignements de l’histoire, visant l’ensemble du corps social et non pas une infime partie, peut tirer notre société et notre nation vers des horizons sereins. Seule une politique universitaire où le champ du savoir est autonomisé de la phagocytose politicienne peut, à terme, faire reprendre à notre système universitaire son rôle de pépinière du savoir et de cadres compétents.

Amel Blidi

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Rédigé par Boussad OUADI

Publié dans #TAMAZGHA NNEGH, #LA LUTTE DES CLASSES CONTINUE

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Publié le 17 Août 2011

"un éclairage profond qui analyse la nature des racines des derniers évènements en Angleterre; des raisons de classes!"

« Refusons la division entre travailleurs et organisons la riposte à la classe des millionnaires et à son gouvernement »

par le Parti communiste de Grande-Bretagne (CPGB)

Traduction JC pour solidarite-internationale

 

« L'agitation sociale permanente et les révoltes des couches les plus opprimées de la société ont de grandes chances de se poursuivre et de se reproduire tant que le fossé entre 'ceux qui ont' et 'ceux qui n'ont pas' continuera à se creuser » a déclaré Bill Greenshields, président du Parti communiste de Grande-Bretagne (CPGB) la nuit dernière.

 

Réagissant sur les émeutes qui ont frappé les villes Britanniques, M.Greenshields a affirmé :

« Les ravages et toute la violence qui se sont abattus sur les quartiers ouvriers en conséquence des mesures d'austérité du gouvernement Conservateur-démocrate, c'est bien plus que tout ce que nous avons pu voir ces dernières années. »

« Ils ne détruisent pas seulement les emplois et notre gagne-pain, mais aussi les espoirs et les ambitions à plus long-terme de millions de personnes – parmi lesquelles des millions de jeunes gens »

Ce que nous constatons aujourd'hui dans nos villes reflète la colère et la frustration de ces millions de personnes – qui voient les couches les plus riches et les plus puissantes devenir encore plus riches, tandis qu'elles se servent de la crise économique pour s'attaquer aux travailleurs. Les troubles civils en sont la conséquence – mais ils ne résoudront pas le problème.

« Le Parti communiste lance un appel à la classe ouvrière organisée dans les syndicats ou dans les quartiers, à travers la Charte du peuple et d'autres organisations politiques pour s'efforcer de mettre en échec l'offensive conservatrice. Il faudra un mouvement de grève coordonné et de plus en plus général, avec le soutien actif et unitaire des quartiers ».

« Ce qu'il faut, ce n'est pas le déploiement de dizaines de milliers de policiers anti-émeutes, mais de dizaines de milliers d'emplois, de dizaines de milliers de logements abordables. Bien sûr, les organisations fascistes et racistes essaient de profiter de la situation actuelle pour diviser les travailleurs et les quartiers. Ce qu'il faut, c'est tout le contraire – une réponse unitaire énergique à l'offensive de la classe dirigeante ».

Le Parti communiste invite tous les travailleurs à participer à la marche « Cable Street, 75 ans » et à se rassembler le dimanche 2 octobre dans le quartier East End de Londres pour commémorer le 75ème anniversaire de la défaite des chemises noires fascistes de Mosley – qui ont échoué dans leur tentative de diviser les quartiers ouvriers dans les années 1930.

 

En ce jour, a déclaré Greenshields:

« Nous enverrons le message que les travailleurs refusent la division, et qu'ils riposteront à l'offensive de la classe des millionnaires et de leur gouvernement ».

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Rédigé par Boussad OUADI

Publié dans #LA LUTTE DES CLASSES CONTINUE

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Publié le 16 Juin 2011

 

Les Algériens se  considèrent comme un peuple pauvre dans un pays riche. Ils sont pris en sandwich entre un pouvoir prédateur et corrompu et des oppositions peu ancrées dans la société réelle, sans vision d’avenir claire.

L’Egypte et la Tunisie se frayent une voie vers un mieux-être démocratique et peut-être une sortie du dilemme mortel: dictature militaro-policière ou Etat théocratique islamique moyenâgeux.

NOUS SOMMES A UN CARREFOUR DE L’HISTOIRE MODERNE

Les éléments de l’équation sont à peu près identiques dans la plupart de nos pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Nos peuples enfin sortis de la nuit coloniale après avoir été longtemps considérés comme barbares  indigènes et  indignes d’une « Humanité » bornée aux frontières Judéo-chrétiennes,  vont enfin pouvoir réaliser  un saut qualitatif pour accéder au rang de l’Humain Universel, transcontinental,  trans-confessionnel et postmoderne comme disent certains.

Depuis 1945 et la décolonisation des années 60, trois générations  de « Nord-Africains » ont accédé au savoir, à la ville, au salariat, à la culture moderne, allant souvent les conquérir jusqu’au cœur des ex-métropoles. Grâce aux arts (la musique, le cinéma, la littérature, les arts plastiques, la mode), au sport (Pelé, Zizou, Husayn Bolt..), à la politique (Gandhi, Nehru, Ho Chi Minh, Obama),  le 1/3 monde s’agrège au village Monde. Il a conquis ses sujets de gloire et de fierté.

La terre ne tournerait pas rond sans notre pétrole, notre uranium, nos produits agricoles et miniers et même notre soleil qu’ils envisagent maintenant de convertir en produits industriels toxiques et en armes de destruction planétaire. Sans notre main-d’œuvre à bon marché, ici et chez eux, leurs bourses dézingueraient, leur démographie dégringolerait et leur mondialisation imploserait. Cela nous le savons tous.

LES JEUNES FRAPPENT AUX PORTES DE L’AVENIR

Et voilà que fort de ces certitudes, le 1/3 et le ¼ monde se réveillent, comme la Chine d’il y a 20 ans. Les populations jeunes, mieux éduquées et déçues par les idéologies messianistes de l’islam politique, font face à leurs gouvernants quand ils le peuvent.  Par rage ou  impuissance, ils s’immolent par le feu ou se jettent à la mer, formes d’appels au secours pathétiques !

Ils savent ce qu’ils ne veulent pas. Ils s’interrogent avec angoisse sur leur avenir, mais ils ne savent pas encore inventer les solutions du futur.

Pourquoi étudier s’ils n’ont pas de boulot, alors que leurs pays ont des potentiels de croissance économique fabuleuse : des logements et des routes à construire, une agriculture une industrie, des services socio-éducatifs à inventer, un patrimoine culturel fabuleux à faire partager au monde entier

Pourquoi s’échiner dans des travaux d’esclaves pour des salaires de misère quand « ceux d’en haut » s’enrichissent outrageusement par la corruption, le vol, les détournements, pour s’offrir des villas, des 4/4 et des comptes en Suisse confortables ? Rien de cela n’existerait sans les grandes multinationales et les gouvernements occidentaux  avec lesquels ils sont en cheville par les ingénieux systèmes de pots de vin, de commissions et rétro commission planqués dans les paradis fiscaux. Additionnez les milliards de dollars de nos dictateurs et divisez-les par le nombre d’habitants de nos pays et vous saurez combien d’écoles, d’hôpitaux, de logement et de temps de loisirs nous dérobent ces rapaces.  Dans le cas de l’Algérie, il est peu probable qu’une telle opportunité ne se reproduise jamais. Si les revenus pétroliers considérables engrangés ces dix dernières années ne sont pas investis  dans des infrastructures industrielles, sociales et éducatives, pour générer des emplois et un développement durables, notre pays connaitra une régression historique catastrophique, de l’ordre de celle que nous a fait subir la domination ottomane à partir du 17ème siècle, le siècle de l’Europe des philosophes et de la révolution industrielle.

Comment rêver de liberté quand les frontières sont fermées, les droits d’association, d’expression et de manifestation réprimés, les loisirs bornés au foot et aux consoles de jeu, voire même à la zetla ?

Comment accepter une Humanité à deux vitesses, celle des Emirs, des traders et des stars éblouissantes et celle des damnés  de la terre aux horizons bouchés ? Le Nord ne peut accueillir toute la misère du monde, se lamentent les bonnes consciences nordistes repues. Et chez nous on professe, dès le plus jeune âge à nos enfants, la résignation et « les constantes islamo-conservatrices »  comme vertus cardinales pour maintenir au pouvoir des dictatures moyenâgeuses qui sèment la haine  de l’étranger, du juif et de toutes les autres races et religions de la planète.

QUI EST RESPONSABLE DE LA MISERE DU MONDE ?

Le système libéral capitaliste qui domine seul la planète entière est aujourd’hui responsable de TOUTE la misère du monde, celle des banlieues rebelles au Nord comme celle qui sévit dans nos pays du Sud dépouillés de leurs ressources naturelles et humaines.  

Ici, comme là-bas, nous savons ce qui bouche les horizons de la jeunesse :

Face aux inégalités sociales et économiques les femmes et les hommes des classes populaires se débattent pour survivre alors que des poignées  de richards amassent des fortunes colossales mal acquises,  injecté dans le système financier mondial entièrement soumis à leurs appétits voraces. Les indices Dow Jones, Nasdaq et CAC 40 nous sont devenus coutumiers comme les bulletins météo. Ils préoccupent davantage ces gros médias de propagande que le quotidien de milliards d’individus affamés et ignorants qui frappent aux portes du 3ème millénaire !  Lorsque Bolywood fait un tabac avec ce fameux film : « Slumboard Millionnaire », c’est pour vous soutirer les larmes et soulager votre conscience bonnes âmes!

Les systèmes politiques et médiatiques désuets ont transformé des citoyens prétendument libres en esclaves modernes, prisonniers de leurs cartes de crédit, de leur confort individuel égoïste, de la propagande médiatique qui atrophie l’esprit critique et la libre pensée. Les valeurs humanistes et progressistes contenues dans nos religions ancestrales ou dans les démocraties modernes sont perverties : la générosité, l’entraide, la justice, la liberté et le droit à l’amour ne profitent qu’aux plus forts. L’Homme est devenu un loup pour l’Homme. Le goût de l’argent, de la réussite individuelle, du bling bling, de la pornographie et de la violence sont la négation même des plus belles conquêtes de l’homme depuis 2 ou trois siècles : l’éducation, la protection sociale, la libération des peuples opprimés, la promotion des femmes, la liberté et la promotion des droits humains.

COMMENT ET QUI CHANGERA LE MONDE ?

Nos sociétés se réveillent, des dictatures tombent, un fol espoir nous étreint ! Mais de quoi sera fait demain ? Que veulent et que  peuvent nos sociétés ? Par quoi remplacerons-nous les régimes  impopulaires et corrompus ? Existe-t-il des alternatives politiques dans nos sociétés ?

Depuis la révolution tunisienne, dans les cercles politiques algériens qui se réclament de la « démocratie » l’excitation est à son comble. Pour certains le fruit est mûr, le tyran va tomber, le pouvoir est à prendre, il suffit de s’abaisser pour le ramasser.

Combien même cela serait vrai : pour en faire quoi et comment ?

Sur tous les plateaux de TV, dans les éditoriaux des plus grands journaux du monde on entonne les sirènes de la démocratie et de la liberté. Mais attention à la « stabilité » d’Israël, à la sécurité des approvisionnements en hydrocarbure et aux intérêts des multinationales de l’industrie, du tourisme et des finances. 

Sont-ce les prémisses du nouveau millénaire ? Allons-nous changer les règles de la mondialisation ?

Le combat planétaire actuel engage de façon solidaire nos sociétés du Nord et du Sud. Il décidera du sort des générations futures. L’unité de destin du genre humain a rarement été aussi évidente.   Marx l’a théorisé dans le Manifeste du Parti Communiste. La décolonisation a définitivement discrédité les thèses de race ou de civilisation supérieures. Le capitalisme a mondialisé et internationalisé les économies, les populations, les communications. Les sciences et techniques ont rapproché les distances et les niveaux de connaissance. Mais de façon paradoxale, jamais les injustices, les violences et les disparités n’ont été aussi grandes parmi les êtres humains, pour leur espérance de vie, leurs richesses ou leur éducation.

Le mur Est-Ouest est tombé mais le fossé Nord-Sud s’est creusé. Après le péril rouge la propagande  occidentale a instrumentalisé le péril vert et l’intégrisme islamiste pour tétaniser toute velléité de résistance à l’idéologie ultra libérale.  Le complexe militaro industriel du G8 a mis en place et lourdement armé des pouvoirs antipopulaires, dévoués à la seule cause des intérêts pétroliers et sionistes au Sud de la Méditerranée. Le capitalisme mondialisé a brisé la classe ouvrière et le mouvement anticapitaliste en domestiquant les classes moyennes et la social-démocratie en Europe. Il a endormi les « opinions publiques » et asservi les peuples pour organiser la plus grosse spéculation boursière de l’histoire grâce à ces deux armes fatales : le pétrole et la bulle Internet. La rapine se poursuit puisque le crash de 2008 n’empêche pas les banques 3 ans après, de  retrouver des taux de profits obscènes alors que les prix des denrées  alimentaires prennent l’ascenseur et que les salaires et systèmes de protection sociale sont broyés.

Qu’est-ce qui oppose Benali, Moubarak, Kadhafi, Bouteflika, le Roi Abdallah d’un côté et de l’autre Sarkozy, Cameron, Berlusconi, Merkel et les Bush père et fils ? Rien et même mieux, ils sont souvent associés dans les mêmes scandales financiers ou de mœurs douteuses. La contradiction principale de notre époque se situe, hier comme aujourd’hui, dans les oppositions entre intérêts de classes sociales antagoniques.

A l’autre bout de la chaine, quelle différence entre de jeunes universitaires surdiplômés mais néanmoins chômeurs de Paris, Bruxelles, New York ou Le Caire, Tunis et Alger ?  Rien, sinon qu’ils rappent  ou même dealent dans les mêmes galères.

Septembre 2001, janvier 2011 peuvent constituer des repères dans une histoire qui balbutie, poursuivant son long chemin, au rythme de ce moteur increvable qu’est  la lutte des classes.  La lutte entre exploiteurs et exploités, entre bourgeois et prolétaires des temps modernes. Le but de cette histoire est de parvenir à libérer l’Homme de ses chaines : l’exploitation, l’oppression, la guerre et la violence.

De ces considérations très générales nous devons tous, individuellement et collectivement, tirer des conclusions et en débattre avec des camarades qui partagent à peu près les mêmes convictions :

1 - Sommes-nous toujours dans les fondamentaux du marxisme ?

L’exacerbation des  contradictions de classes plus affirmées avec les  programmes d’ajustement structurel du FMI/Banque Mondiale et  les plans de rigueur qui démantèlent les systèmes de protection sociale  en Occident

Extraction de la plus-value portée à son paroxysme par des « économies virtuelles »,  les bulles Internet et les spéculations financières effrénées.  

Systèmes d’exploitation encore plus inhumains aujourd’hui qu’à l’avènement du capitalisme. Les sans terre, les sans papiers, les sans logis, les sans éducation ni santé, les sans travail constituent l’écrasante majorité de la population du globe

Opposition entre forces productives et rapports de production : l’ère de la cybernétique côtoie des formes d’esclavage moderne avilissantes, dont sont spécialement victimes les femmes et les enfants.

Division internationale du travail parvenue au stade ultime du capitalisme impérial (Bush et Obama dans les habits respectifs du méchant ou du bon empereur)

 

2 - L’effondrement du mur de Berlin, la ruine du système soviétique, la dérive capitaliste de la Chine, le dévoiement des mouvements de libération nationale en Afrique-Asie-Amérique Latine,  l’affaiblissement du mouvement socialiste et communiste dans le monde suffisent-ils à anéantir tout espoir d’abattre le système capitaliste mondial ?

Si le communisme reste à inventer, le capitalisme ne « dégagera » pas comme l’a fait Benali c’est sûr.

Pour dégager l’ancien et créer le monde nouveau il y a nécessité de forger les outils, les méthodes, les rythmes des luttes à venir. Réfléchir, inventer, créer, débattre, organiser, solidariser, internationaliser sont des mots-clés d’avenir.

Chacun dans les conditions objectives de son existence (nationale, sociale, professionnelle), ne doit pas se sentir seul et isolé. Comment créer les nouvelles solidarités-organisations-réseaux-forum-djemaa-agora etc ? Internet-tarte-à-la-crème peut faciliter les regroupements et les échanges dans un premier temps.

 

Qu’en penses-tu et pose la question autour de toi camarade….

 

Alger, 01/03/2011

Boussad OUADI

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Rédigé par BOUSSAD

Publié dans #LA LUTTE DES CLASSES CONTINUE

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