Sauvons les Beaux-Arts

Publié le 13 Juin 2011

el watan le 13/05/2009 | 18:08

 

Le gérant de la libraire des Beaux-Arts est mis en demeure de sortir, de déguerpir. «Beaucoup a été dit sur cette affaire», s’entend-on dire. «Jamais assez», rétorqueront certains qui ne voudraient pas voir un espace disparaître.

La librairie, dont l’ancien occupant a été assassiné, parce que Français et parce qu’il proposait aux nombreux lecteurs qui s’y bousculaient de «vrais richesses», sera fermée. Coincé entre le vendeur de «kebab», jamais à court de clients, et un ancien opérateur, qui a quitté les lieux, la librairie détonnait dans ce décor toujours lugubre de la rue Didouche Mourad. L’actuel gérant, Ouadi Boussad, a tout du libraire consciencieux qui aimerait voir son «affaire» fleurir. Portant toujours «beau», M. Ouadi a l’amour des arts. La librairie les beaux-Arts tient debout grâce à lui et à ses nombreux habitués. Tous vous diront que l’endroit est devenu une halte dans une rue marchande, où tout semble obéir aux canons d’une «économie de marché» qui nous a dépossédés d’espaces. Si rien n’est fait, la libraire disparaîtra comme l’ont été d’autres sur cette même rue. Des gérants de librairies étatiques, ne s’entendant pas, ont bradé des espaces qui leur furent cédés et qui ne leur appartiennent pas. De simples salariés, ils se sont retrouvés gérants d’espaces dont l’emplacement est devenu «stratégique». A la place de ces libraires, on a vu s’ouvrir des magasins de lingerie. Cacher son corps est plus facile que cacher son ignorance crasseuse. La décision de M. Ouadi de publier Mohamed Benchicou ne lui a pas permis d’entrer dans les bonnes grâces des décideurs qui ont, soutient-on, la rancune tenace. Personne n’y échappe. Des Edmond Charlot, des Ouadi, on n’en voit pas assez sur la place d’Alger. Le peu qui reste fait encore de la résistance ; des hommes debout et des «Boualem Yekker» (personnage du roman posthume du défunt Tahar Djaout, Le Dernier été de la raison) incompris de tous. Le ministère de la culture et la direction de Bab Djedid (pas de meilleur endroit pour enterrer la culture), censés défendre l’art, s’occupent d’autre chose. Du clinquant en somme. L’association des libraires ne se manifeste qu’à l’occasion du décernement annuel du prix éponyme. Même l’«association» créée pour défendre La Parisienne, un immeuble crasseux du centre-ville, ne s’est pas manifestée. Pourtant, la librairie, appartenant aussi au patrimoine d’Alger, est censée être défendue par nos architectes éprouvés. Rencontré à l’intérieur de sa librairie, Boussad paraissait abattu, mais guère résigné.

Nadir Iddir 

Rédigé par BOUSSAD

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