Salon du livre d'Alger. Octobre 2010

Publié le 9 Juillet 2011

Un Salon d’apparat ?
 

Un Salon d’apparat où tout est sous contrôle ! Exit les scandales Benchicou, Poutakkhine, Boualem Sansal des années précédentes.
En toile de fond, toutefois, se profile la polémique égyptienne. C’est une affaire de foot, d’Orascom ou de littérature ? S’agit-il de reporter sur le monde des livres les déconvenues d’une politique économique qui fait honte à ses propres concepteurs ? On a bradé les intérêts algériens pour une bouchée de pain à des Egyptiens qui les revendent à prix d’or à des ogres russes et français qui nous mangeront à la petite cuillère ! N’est ce pas la signification malicieuse du slogan de ce Salon du livre : «Place aux merveilles» ! Un vrai conte de fées. Mais n’est-il pas vrai que la morale de cette histoire s’applique à tous les domaines de notre vie culturelle. Ils ne démissionnent jamais ! Ce sont toujours les mêmes, toujours là, prêts à servir une cause et son contraire. Socialistes hier, libéraux aujourd’hui, fervents défenseurs des IDE (investissements directs étrangers) hier et nouveaux patriotards de l’économie aujourd’hui. Ils adulaient l’arabisme égyptien, ils le honnissent maintenant. Faut avoir un certain aplomb ! Un Salon du livre qui change de tutelle d’une année à l’autre. Du ministère de la Culture à l’Association des éditeurs, puis à l’Anep, ensuite en cogestion avec les éditeurs, les libraires et l’Anep, puis à nouveau le ministère de la Culture qui le délègue à un commissaire qui s’affranchit de toute coopération avec les associations professionnelles semble-t-il ! Pourquoi cette politique de gribouille ? L’opacité qui entoure cette manifestation crée un climat délétère de nature à polluer toute la sphère de la création, de l’édition, de la vie intellectuelle dans ce pays. Pourtant s’il est un domaine où le palais de verre devrait s’imposer, c’est dans le livre. Pourquoi en est-il ainsi aujourd’hui ? Quels intérêts veut-on masquer ? Pourquoi maintenir l’apartheid dans le livre scolaire, puisque 2 ou 3 éditeurs seulement sont «homologués » et ont le droit d’éditer et vendre leurs livres dans les établissements scolaires ? Comment peut-on maintenir le monde de l’enseignement et de l’université hors circuit dans cette manifestation ? C’est dans l’intérêt de qui ? Pourquoi ne pose-t-on pas ces questions à qui de droit ? La réponse à toutes ces questions pourrait se résumer ainsi : nous devons rester sous contrôle ! Nous avons une économie administrée, des importations administrées, un salon du livre administré ! Nous sommes des citoyens administrés. Posez la question autour de vous : êtes-vous-bien administrés ? On devine la réponse. Mais qui vous écoutera ?
Le livre est malade
Malade de l’incohérence des gouvernants qui se trompent de période historique : on n’est plus à l’ère du parti et de la pensée uniques. Comment accepter qu’en 2010 on exige des universitaires une autorisation pour participer à des colloques et rencontres scientifiques ? Comment accepter que des organismes administratifs comme la Bibliothèque nationale chargée d’enregistrer les ISBN ou l’ONDA qui gère les droits d’auteur, deviennent des officines de contrôle de l’activité d’édition et de création ? Nos policiers n’ont-ils pas mieux à faire ? Ne pourraient-ils pas mieux surveiller les allées et venues des intermédiaires en pots-de-vin et commis voyageurs de la tchipa, qui, tels des sangsues, s’acharnent sur la bête Algérie ? Nos gouvernants manquent de vision et d’ambitions culturelles pour leur pays. Le livre n’est pas affaire de «1001 titres» et autres fadaises, de célébrations officielles et de flagorneries éditoriales. Comment masquer ce paysage éditorial d’une pauvreté affligeante ? Demandez en librairie où sont les livres de sciences, technique, médecine, les dictionnaires et encyclopédies, les livres d’art et d’érudition, les livres de poche et de littérature générale, les livres de jeunesse, de sport et de découverte, les Mangas, les BD, les livres pratiques pour la décoration, le bricolage et les métiers. RIEN, ou presque, en rayon ! Visitez la librairie, sous la Fac centrale à Alger : à gauche la cuisine, à droite le religieux, en face le parascolaire et près de la caisse une famélique étagère de dictionnaires et livres de poche (de gare SVP !). Authentique et vérifiable à tout moment. Les raisons de cette incurie sont simples : 1. Pas d’importation : le crédit documentaire est passé par là. Les marchands de kiwi et bananes ne s’en portent pas plus mal mais les librairies vont y laisser leurs âmes. Et il en est qui vous expliqueront que tel est «l’intérêt national». Cet adage a fabriqué des nouveaux riches ignares et une régression culturelle d’une ampleur démesurée. 2. Pas d’édition locale car les subventions qui pleuvent sur les livres de vieilles photos sépia qui pleurent «l’Algérie de papa» ne concernent pas le livre scientifique (car le ministère de la Culture n’est pas concerné par le livre scientifique, a-t-on répondu à un jeune éditeur de livres d’informatique et gestion). AUTHENTIQUE ! 3. Pas de nouveautés du fait des procédures iniques d’importation d’une part et des interdits multiples qui entravent la liberté de parole, de réunion et d’association en Algérie, d’autre part. A quoi il faut ajouter des déficiences importantes dans le savoir-faire et le niveau général de notre chère profession éditoriale. Nos gouvernants, tout autant d’ailleurs que les professionnels en Algérie, ne savent pas apprécier le rôle économique de la chaîne du livre. Ils se voient mutuellement comme généreux donateurs ou éternels quémandeurs de subventions, d’exonérations, de subsides en tout genre. Dominants/dominés : béniouiouisme servile face à l'autoritarisme funeste et de sinistre mémoire. On reproduit le modèle qu’on mérite. Or, dans les pays développés ou «émergés» (voir le Viêt-Nam), les préoccupations portent sur le passage à l’édition numérique, à la dématérialisation des supports de la connaissance et de la création. Donc de l’édition future. Nos pays sous-développés, «non émergés» (en grande immersion dans l’ignorance crasse…), ont une chance inouïe de bénéficier des avantages considérables que peuvent offrir les nouvelles technologies de la communication et de l’information dans la diffusion du savoir. Nos universités, bibliothèques, médiathèques, éditeurs et librairies ont à inventer de nouveaux modèles économiques utilisant internet, les réseaux informatiques, les DVD, CDROM et tous supports numériques TV, sons, images et textes pour faire circuler l’information, la connaissance et la création dans les milieux de la jeunesse, des professionnels, des associations et animateurs de la vie sociale. Les calculs de boutique, les auto-satisfecit des nouveaux rentiers, repus et aveuglés, nous conduisent droit au mur. Que manque-t-il à un va-nupieds ? Une belle bague ! On a un Salon, on a l’apparat ! Et comme la richesse d’un pays ne se rapporte pas au seul ratio PIB/nombre d’habitants, ceci illustre bien notre nouveau standing : PAYS RICHE ET PEUPLE PAUVRE !
Boussad Ouadi, éditeur, Alger octobre 2010

Source : http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/10/30/article.php?sid=108052&cid=16 

 

Rédigé par BOUSSAD

Publié dans #EDITER EN ALGERIE

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