POSE-TOI DES QUESTIONS CAMARADE!

Publié le 16 Juin 2011

 

Les Algériens se  considèrent comme un peuple pauvre dans un pays riche. Ils sont pris en sandwich entre un pouvoir prédateur et corrompu et des oppositions peu ancrées dans la société réelle, sans vision d’avenir claire.

L’Egypte et la Tunisie se frayent une voie vers un mieux-être démocratique et peut-être une sortie du dilemme mortel: dictature militaro-policière ou Etat théocratique islamique moyenâgeux.

NOUS SOMMES A UN CARREFOUR DE L’HISTOIRE MODERNE

Les éléments de l’équation sont à peu près identiques dans la plupart de nos pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Nos peuples enfin sortis de la nuit coloniale après avoir été longtemps considérés comme barbares  indigènes et  indignes d’une « Humanité » bornée aux frontières Judéo-chrétiennes,  vont enfin pouvoir réaliser  un saut qualitatif pour accéder au rang de l’Humain Universel, transcontinental,  trans-confessionnel et postmoderne comme disent certains.

Depuis 1945 et la décolonisation des années 60, trois générations  de « Nord-Africains » ont accédé au savoir, à la ville, au salariat, à la culture moderne, allant souvent les conquérir jusqu’au cœur des ex-métropoles. Grâce aux arts (la musique, le cinéma, la littérature, les arts plastiques, la mode), au sport (Pelé, Zizou, Husayn Bolt..), à la politique (Gandhi, Nehru, Ho Chi Minh, Obama),  le 1/3 monde s’agrège au village Monde. Il a conquis ses sujets de gloire et de fierté.

La terre ne tournerait pas rond sans notre pétrole, notre uranium, nos produits agricoles et miniers et même notre soleil qu’ils envisagent maintenant de convertir en produits industriels toxiques et en armes de destruction planétaire. Sans notre main-d’œuvre à bon marché, ici et chez eux, leurs bourses dézingueraient, leur démographie dégringolerait et leur mondialisation imploserait. Cela nous le savons tous.

LES JEUNES FRAPPENT AUX PORTES DE L’AVENIR

Et voilà que fort de ces certitudes, le 1/3 et le ¼ monde se réveillent, comme la Chine d’il y a 20 ans. Les populations jeunes, mieux éduquées et déçues par les idéologies messianistes de l’islam politique, font face à leurs gouvernants quand ils le peuvent.  Par rage ou  impuissance, ils s’immolent par le feu ou se jettent à la mer, formes d’appels au secours pathétiques !

Ils savent ce qu’ils ne veulent pas. Ils s’interrogent avec angoisse sur leur avenir, mais ils ne savent pas encore inventer les solutions du futur.

Pourquoi étudier s’ils n’ont pas de boulot, alors que leurs pays ont des potentiels de croissance économique fabuleuse : des logements et des routes à construire, une agriculture une industrie, des services socio-éducatifs à inventer, un patrimoine culturel fabuleux à faire partager au monde entier

Pourquoi s’échiner dans des travaux d’esclaves pour des salaires de misère quand « ceux d’en haut » s’enrichissent outrageusement par la corruption, le vol, les détournements, pour s’offrir des villas, des 4/4 et des comptes en Suisse confortables ? Rien de cela n’existerait sans les grandes multinationales et les gouvernements occidentaux  avec lesquels ils sont en cheville par les ingénieux systèmes de pots de vin, de commissions et rétro commission planqués dans les paradis fiscaux. Additionnez les milliards de dollars de nos dictateurs et divisez-les par le nombre d’habitants de nos pays et vous saurez combien d’écoles, d’hôpitaux, de logement et de temps de loisirs nous dérobent ces rapaces.  Dans le cas de l’Algérie, il est peu probable qu’une telle opportunité ne se reproduise jamais. Si les revenus pétroliers considérables engrangés ces dix dernières années ne sont pas investis  dans des infrastructures industrielles, sociales et éducatives, pour générer des emplois et un développement durables, notre pays connaitra une régression historique catastrophique, de l’ordre de celle que nous a fait subir la domination ottomane à partir du 17ème siècle, le siècle de l’Europe des philosophes et de la révolution industrielle.

Comment rêver de liberté quand les frontières sont fermées, les droits d’association, d’expression et de manifestation réprimés, les loisirs bornés au foot et aux consoles de jeu, voire même à la zetla ?

Comment accepter une Humanité à deux vitesses, celle des Emirs, des traders et des stars éblouissantes et celle des damnés  de la terre aux horizons bouchés ? Le Nord ne peut accueillir toute la misère du monde, se lamentent les bonnes consciences nordistes repues. Et chez nous on professe, dès le plus jeune âge à nos enfants, la résignation et « les constantes islamo-conservatrices »  comme vertus cardinales pour maintenir au pouvoir des dictatures moyenâgeuses qui sèment la haine  de l’étranger, du juif et de toutes les autres races et religions de la planète.

QUI EST RESPONSABLE DE LA MISERE DU MONDE ?

Le système libéral capitaliste qui domine seul la planète entière est aujourd’hui responsable de TOUTE la misère du monde, celle des banlieues rebelles au Nord comme celle qui sévit dans nos pays du Sud dépouillés de leurs ressources naturelles et humaines.  

Ici, comme là-bas, nous savons ce qui bouche les horizons de la jeunesse :

Face aux inégalités sociales et économiques les femmes et les hommes des classes populaires se débattent pour survivre alors que des poignées  de richards amassent des fortunes colossales mal acquises,  injecté dans le système financier mondial entièrement soumis à leurs appétits voraces. Les indices Dow Jones, Nasdaq et CAC 40 nous sont devenus coutumiers comme les bulletins météo. Ils préoccupent davantage ces gros médias de propagande que le quotidien de milliards d’individus affamés et ignorants qui frappent aux portes du 3ème millénaire !  Lorsque Bolywood fait un tabac avec ce fameux film : « Slumboard Millionnaire », c’est pour vous soutirer les larmes et soulager votre conscience bonnes âmes!

Les systèmes politiques et médiatiques désuets ont transformé des citoyens prétendument libres en esclaves modernes, prisonniers de leurs cartes de crédit, de leur confort individuel égoïste, de la propagande médiatique qui atrophie l’esprit critique et la libre pensée. Les valeurs humanistes et progressistes contenues dans nos religions ancestrales ou dans les démocraties modernes sont perverties : la générosité, l’entraide, la justice, la liberté et le droit à l’amour ne profitent qu’aux plus forts. L’Homme est devenu un loup pour l’Homme. Le goût de l’argent, de la réussite individuelle, du bling bling, de la pornographie et de la violence sont la négation même des plus belles conquêtes de l’homme depuis 2 ou trois siècles : l’éducation, la protection sociale, la libération des peuples opprimés, la promotion des femmes, la liberté et la promotion des droits humains.

COMMENT ET QUI CHANGERA LE MONDE ?

Nos sociétés se réveillent, des dictatures tombent, un fol espoir nous étreint ! Mais de quoi sera fait demain ? Que veulent et que  peuvent nos sociétés ? Par quoi remplacerons-nous les régimes  impopulaires et corrompus ? Existe-t-il des alternatives politiques dans nos sociétés ?

Depuis la révolution tunisienne, dans les cercles politiques algériens qui se réclament de la « démocratie » l’excitation est à son comble. Pour certains le fruit est mûr, le tyran va tomber, le pouvoir est à prendre, il suffit de s’abaisser pour le ramasser.

Combien même cela serait vrai : pour en faire quoi et comment ?

Sur tous les plateaux de TV, dans les éditoriaux des plus grands journaux du monde on entonne les sirènes de la démocratie et de la liberté. Mais attention à la « stabilité » d’Israël, à la sécurité des approvisionnements en hydrocarbure et aux intérêts des multinationales de l’industrie, du tourisme et des finances. 

Sont-ce les prémisses du nouveau millénaire ? Allons-nous changer les règles de la mondialisation ?

Le combat planétaire actuel engage de façon solidaire nos sociétés du Nord et du Sud. Il décidera du sort des générations futures. L’unité de destin du genre humain a rarement été aussi évidente.   Marx l’a théorisé dans le Manifeste du Parti Communiste. La décolonisation a définitivement discrédité les thèses de race ou de civilisation supérieures. Le capitalisme a mondialisé et internationalisé les économies, les populations, les communications. Les sciences et techniques ont rapproché les distances et les niveaux de connaissance. Mais de façon paradoxale, jamais les injustices, les violences et les disparités n’ont été aussi grandes parmi les êtres humains, pour leur espérance de vie, leurs richesses ou leur éducation.

Le mur Est-Ouest est tombé mais le fossé Nord-Sud s’est creusé. Après le péril rouge la propagande  occidentale a instrumentalisé le péril vert et l’intégrisme islamiste pour tétaniser toute velléité de résistance à l’idéologie ultra libérale.  Le complexe militaro industriel du G8 a mis en place et lourdement armé des pouvoirs antipopulaires, dévoués à la seule cause des intérêts pétroliers et sionistes au Sud de la Méditerranée. Le capitalisme mondialisé a brisé la classe ouvrière et le mouvement anticapitaliste en domestiquant les classes moyennes et la social-démocratie en Europe. Il a endormi les « opinions publiques » et asservi les peuples pour organiser la plus grosse spéculation boursière de l’histoire grâce à ces deux armes fatales : le pétrole et la bulle Internet. La rapine se poursuit puisque le crash de 2008 n’empêche pas les banques 3 ans après, de  retrouver des taux de profits obscènes alors que les prix des denrées  alimentaires prennent l’ascenseur et que les salaires et systèmes de protection sociale sont broyés.

Qu’est-ce qui oppose Benali, Moubarak, Kadhafi, Bouteflika, le Roi Abdallah d’un côté et de l’autre Sarkozy, Cameron, Berlusconi, Merkel et les Bush père et fils ? Rien et même mieux, ils sont souvent associés dans les mêmes scandales financiers ou de mœurs douteuses. La contradiction principale de notre époque se situe, hier comme aujourd’hui, dans les oppositions entre intérêts de classes sociales antagoniques.

A l’autre bout de la chaine, quelle différence entre de jeunes universitaires surdiplômés mais néanmoins chômeurs de Paris, Bruxelles, New York ou Le Caire, Tunis et Alger ?  Rien, sinon qu’ils rappent  ou même dealent dans les mêmes galères.

Septembre 2001, janvier 2011 peuvent constituer des repères dans une histoire qui balbutie, poursuivant son long chemin, au rythme de ce moteur increvable qu’est  la lutte des classes.  La lutte entre exploiteurs et exploités, entre bourgeois et prolétaires des temps modernes. Le but de cette histoire est de parvenir à libérer l’Homme de ses chaines : l’exploitation, l’oppression, la guerre et la violence.

De ces considérations très générales nous devons tous, individuellement et collectivement, tirer des conclusions et en débattre avec des camarades qui partagent à peu près les mêmes convictions :

1 - Sommes-nous toujours dans les fondamentaux du marxisme ?

L’exacerbation des  contradictions de classes plus affirmées avec les  programmes d’ajustement structurel du FMI/Banque Mondiale et  les plans de rigueur qui démantèlent les systèmes de protection sociale  en Occident

Extraction de la plus-value portée à son paroxysme par des « économies virtuelles »,  les bulles Internet et les spéculations financières effrénées.  

Systèmes d’exploitation encore plus inhumains aujourd’hui qu’à l’avènement du capitalisme. Les sans terre, les sans papiers, les sans logis, les sans éducation ni santé, les sans travail constituent l’écrasante majorité de la population du globe

Opposition entre forces productives et rapports de production : l’ère de la cybernétique côtoie des formes d’esclavage moderne avilissantes, dont sont spécialement victimes les femmes et les enfants.

Division internationale du travail parvenue au stade ultime du capitalisme impérial (Bush et Obama dans les habits respectifs du méchant ou du bon empereur)

 

2 - L’effondrement du mur de Berlin, la ruine du système soviétique, la dérive capitaliste de la Chine, le dévoiement des mouvements de libération nationale en Afrique-Asie-Amérique Latine,  l’affaiblissement du mouvement socialiste et communiste dans le monde suffisent-ils à anéantir tout espoir d’abattre le système capitaliste mondial ?

Si le communisme reste à inventer, le capitalisme ne « dégagera » pas comme l’a fait Benali c’est sûr.

Pour dégager l’ancien et créer le monde nouveau il y a nécessité de forger les outils, les méthodes, les rythmes des luttes à venir. Réfléchir, inventer, créer, débattre, organiser, solidariser, internationaliser sont des mots-clés d’avenir.

Chacun dans les conditions objectives de son existence (nationale, sociale, professionnelle), ne doit pas se sentir seul et isolé. Comment créer les nouvelles solidarités-organisations-réseaux-forum-djemaa-agora etc ? Internet-tarte-à-la-crème peut faciliter les regroupements et les échanges dans un premier temps.

 

Qu’en penses-tu et pose la question autour de toi camarade….

 

Alger, 01/03/2011

Boussad OUADI

Rédigé par BOUSSAD

Publié dans #LA LUTTE DES CLASSES CONTINUE

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