Fronton : à livre ouvert

Publié le 28 Octobre 2013

Article publié dans  EL WATAN du 26/10/2013

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Il est prouvé que la lecture d’un livre est plus aisée que la lecture d’une loi sur le livre. A part que l’on peut, hélas, se priver de lire n’importe quel livre – et même tous les livres – tandis que nul n’est censé ignorer la loi, même quand il ne l’a pas lue.
L’examen et l’adoption, lors du dernier Conseil des ministres, du «projet de loi relative aux activités et au marché du livre» a suscité, çà et là, quelques réactions. Dans le communiqué officiel, il est précisé que ce projet a, pour objet, «de développer et d’encourager l’écriture, la production et la commercialisation du livre produit en Algérie et de favoriser sa promotion et sa distribution».

Ce libellé consensuel peut nous suggérer qu’aux yeux de tout gouvernement, chaque lecteur en qualité est un électeur en puissance. Mais, parmi ceux qui ont pu se procurer ce projet, les avis divergent, ce qui peut nous faire penser aussi – et nous le pensons –, que les intérêts aussi divergent. Le livre est porteur de valeurs scientifiques, littéraires, esthétiques. Mais le secteur du livre est naturellement porteur d’enjeux commerciaux, de positionnements et de stratégies sur le marché. Et même dans notre pays, où il demeure disons embryonnaire, il brasse des flux financiers relativement considérables. Comment donc faire la part des choses entre déclarations de principe et principe de rentabilité ?

Par ailleurs, on remarque que les expressions les plus en vue (lire page 12, en bas) émanent essentiellement d’une petite partie d’une seule des professions du livre, à savoir celle des éditeurs. Quid des autres éditeurs ? Quid des libraires ? Quid des bibliothécaires ? Quid des distributeurs ? Quid des auteurs, écrivains, essayistes et de tous ceux sans lesquels les livres ne verraient jamais le jour ? S’ils voulaient participer au débat, ce serait surtout à titre personnel. L’édition est sous-représentée. La belle association des libraires, l’ASILA, n’active plus. Les autres corps de métier du monde du livre ne sont pas organisés. Et donc, comment pourraient-ils se poser en interlocuteurs représentatifs ?

Là est un problème crucial. Car si une loi peut être enrichie, amendée, voire abrogée, une activité ne peut valoir que par la conscience collective de ses artisans et leur capacité à définir et défendre leur point de vue. Depuis des années, le ministère de la Culture essaie de faire passer cette loi. Sa rédaction, y affirme-t-on, s’inspire largement des Assises du Livre de 2002, puis de consultations, les années suivantes, avec divers professionnels.

On peut en penser ce que l’on veut, mais comme l’affirme le sociologue culturel, Hadj Miliani (ci-contre), il faut s’efforcer de créer les conditions d’un débat serein, si possible objectif, tenant compte de tous les aspects du texte dont certains paraissent assurément positifs. Nul n’est censé ignorer le livre. En parler doit ressembler à ce qu’un livre doit être. 

Ameziane Ferhani

Lien : http://www.elwatan.com/hebdo/arts-et-lettres/fronton-a-livre-ouvert-26-10-2013-232656_159.php

 

 

 

Rédigé par Boussad OUADI

Publié dans #EDITER EN ALGERIE

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