2ème Partie PLATEFORME DE REFLEXION SUR L'EDITION ET LES METIERS DU LIVRE

Publié le 28 Octobre 2013

 

B - L'ETAT DE la profesSION

 

 

9 - POLITIQUE D'EDITION

CONSTAT

 

L'édition souffre de l'absence d'une volonté politique de modifier la situation antérieure.

Les caractéristiques dominantes, héritées d'un quart de siècle de quasi-monopole dans l'édition sont: climat général de censure et d'autocensure mutilante, dirigisme bureaucratique et défaillances techniques et professionnelles tant aux niveaux de l'encadrement que des personnels d'exécution,

absence totale de coopération entre éditeurs qui ne possèdent pas d'organisations professionnelles solides (imprimeurs, libraires, éditeurs...)

La production nationale est discréditée et les meilleurs créateurs sont exilés à l’étranger.

Pour rééditer en Algérie Kateb Yacine, Mouloud Mammeri Assia Djebbar, Mohamed Dib, NabileFarès, Rachid Mimouni, Tahar Djaout etc... il faut s'adresser aux éditeurs français !

Les libanais et tunisiens, à leur tour, sont sur le point de nous ravir les futurs créateurs.

Depuis 10 ans l’affairisme a gangréné notre profession. Les opérations pharaoniques des « années de culture arabe, africaine, islamique, de Tlemcen » ont engendré le favoritisme et la corruption autour de budgets étatiques colossaux gérés dans l’opacité totale.

 

 

 

PERSPECTIVES

 

Quelle est la part de l'écrit dans la politique culturelle de l'état? il appartient autant aux politiques qu'aux institutions culturelles et scientifiques et aux gens de lettres d'en débattre et d'esquisser des réponses à cette question.

Les rôles respectifs de l'État, des éditeurs, des diffuseurs, des libraires et des créateurs devront être redéfinis.

Les moyens budgétaires devront matérialiser cette volonté politique. L'investissement sur le long terme devrait prendre le pas sur les improvisations anarchiques et l'interventionnisme des tutelles administratives. L'édition devrait vivre par le livre et pour le livre. Les organisations professionnelles des éditeurs, des imprimeurs, des diffuseurs et des libraires devraient être autonomes par rapport à la tutelle de l’État. Leur rôle est de faire progresser la concertation et la définition des politiques à mener dans l'édition.

Au carrefour des milieux d’affaires et des nobles productions de l’esprit, le livre est constamment sous la menace des puissances d’argent, des religions et de la politique. Seule l'autorité de la justice, dans un État de droit digne de ce nom est susceptible de protéger la création intellectuelle, les arts, les lettres et les sciences dont le livre est un des principaux vecteurs.

 

10 - L'IMPRIMERIE ET L'EDITION

 CONSTAT

 

Les ateliers d'impression et de façonnage du livre de qualité sont rares.

Les prix de fabrication sont trop élevés car la main d'œuvre est chère et peu qualifiée, les équipements inadéquats ou mal entretenus, les approvisionnements en matière première ou pièces détachées très aléatoires d'où un manque d'organisation  qui coûte cher en bout de chaîne.

Pour ces mêmes raisons la qualité du livre est très moyenne et les délais fantaisistes.

Il y a manque total d'intégration dans la profession et absence de coordination. Exemples frappants: suréquipement de composition (PAO principalement) et sous-équipement en reliure dure et façonnage.

Le parc en machines d'imprimerie offsetest très important alors que nous que l’impression numérique est quasi inexistante dans la fabrication du livre.

Il y a sous équipement dans certains domaines etsuréquipementen d’autres dans les arts graphiques en Algérie.

 

 

 PERSPECTIVES

 

Établir un bilan sur l'état de l'imprimerie et de ses rapports avec l'édition. Après quoi, il pourrait se dégager des choix sur les investissements à réaliser, les réorganisations ou restructurations à opérer, l'intégration à rechercher entre imprimeurs et éditeurs, entre publics et privés.

Veiller à maintenir un état de compétition et de concurrence entre industriels du livre, seule garantie du dynamisme et de la compétitivité dans l'édition.

Les choix technologiques et financiers dans l'investissement doivent être commandés par la réalité du marché et non par des considérations administratives ou bureaucratiques.

Les administrations concernées doivent faire participer tous les professionnels concernés par ces choix.

En tant qu'industrie culturelle, peut-être est-il possible au niveau maghrébin, arabe ou africain de penser à une meilleure coopération notamment dans la maintenance de notre appareil industriel.

 

Les approvisionnements

 CONSTAT

 

Le boulet principal dans l'industrie du livre restera pour longtemps celui du papier qui est presqu'entièrement importé sous forme de produit fini ou de pâte à papier.

À l’époque de la CELPAP, alors que nos importations étaient de 200000 tonnes de papier, la consommation de l'édition, y compris celle de l'IPN, devait atteindre 10000 tonnes soit 5% des importations.

L’anarchie qui règne aujourd’hui du fait de la libéralisation sauvage a paupérisé encore davantage les éditeurs qui n’ont aucun pouvoir de décision dans leurs choix de papier.

 

 

 

 

PERSPECTIVES

 

La solution au problème du papier est au niveau de l'industrie de la cellulose. De l'alfa et de sa transformation. En situation de dépendance vis-à-vis de l'importation, aujourd'hui il est possible de gérer la pénurie car la part des papiers d'édition (dits de luxe) ne représente pas des sommes astronomiques dans le commerce extérieur du pays.

D'autre part on peut toujours pratiquer une politique d'édition qui ne soit pas papivore en modulant les tirages, le nombre des titres et la part de la lecture publique  dans la gestion du livre.

L'édition peut très bien survivre à la crise du papier si on sait gérer convenablement tous les facteurs contraignants.

 

11 - Le commerce du livre

 CONSTAT

 

Ce point soulève le problème général du modèle de consommation des ménages.

Selon l'annuaire statistique (ONS)  1987, le poste "éducation, culture, loisirs" occupe 3,3% du budget familial. Ce chiffre comprend essentiellement les fournitures scolaires. Dans les pays développés, les chiffres avoisinent les 15%.

L'Algérien lit un livre par an, y compris le livre scolaire alors que le Français ou l'Allemand en lit 7 ou 12 c'est dire l'importance du fossé à combler et l'immensité de la tâche des éditeurs.

 

 

 

 

 PERSPECTIVES

 

Dans le livre non scolaire, le déficit de l'offre peut être estimé à quelques millions de livres dont la fabrication et l'édition en Algérie permettront de :

créer des emplois

satisfaire une demande socio-culturelle essentielle car elle partirait d'un vécu et non plus du produit importé

réaliser d'importantes économies de devises.

En ce sens, une politique volontariste peut être arrêtée après des études de marché, indispensables sur le lectorat et le marketing dans l'édition.

 

 

11-1 La diffusion des livres

 

CONSTAT

 

En 1987, il existait un réseau de 180 librairies à travers le territoire national.Ce réseau ainsi que celui de l'ENAMEP formaient un potentiel important en infrastructure de stockage, moyens de transport et moyens humains.

En 2013 ces librairies ont été privatisées à vil prix et soumises à la spéculation financière et immobilière auxquelles le commerce du livre ne peut faire face.

L’accès des libraires à l’importation a été barré par la réglementation du commerce extérieur qui favorise les barons de l’import-import et e l’économie informelle.

La loi de finance complémentaire de Juillet 2009, notamment l’obligation du CREDOC et toute une série derèglements bureaucratiques ignore les réalités professionnelles de l'édition et de la circulation du livre.

Résultat, plus de réseau national de diffusion de livres, on n’importe plus les livres scientifiques, techniques, d’érudition ou d’actualité littéraire et professionnelle.

Le risque est trop élevé pour les importateurs.

Les moyens de communication trop faibles: ordinateurs, fax etc.

 

 

 

PERSPECTIVES

 

La complémentarité des réseaux entre éditeurs et distributeurs-diffuseurs, publics et privés, est indispensable pour améliorer la couverture géographique et réduire les coûts de diffusion par une meilleure rentabilisation des infrastructures et des moyens humains et matériels. Logiquement de meilleurs chiffres de vente influeront positivement sur la création éditoriale.

Le monopole de l'importation du livre ne doit plus appartenir aux importateurs, publics ou privés. Il doit être l’affaire de tous les professionnels de la librairie et la diffusion, y compris les éditeurs indépendants et les consommateurs.

La réglementation doit prendre en charge les statuts de diffuseurs, distributeurs et de libraires sur les plans fiscal, bancaire et commercial notamment, en consultation avec les professionnels du livre et conformément aux normes internationales.

La codification selon les normes internationales (code ISSN et ISBN) doit être adoptée par les professions du livre, la bibliothèque nationale et les institutions concernées.

 

11-2 PROMOTION, PUBLICITE, FOIRES ET EXPOSITIONS

 

CONSTAT

 

La désorganisation du marché du livre favorise

Des comportements pénuristes désolants

Le piratage et le commerce informel

la déstructuration et la mort lente des circuits industriels et commerciaux réellement professionnels

La confusion regrettable entre les fonctions de diffusion et de distribution est un handicap à la promotion du livre

Le monopole de l’ANEP sur la publicité publique est un anachronisme.

La gestion à la fois anarchique et bureaucratique des foires et expositions entrave l’activité de librairie

 

 

 

 

PERSPECTIVES

 

Des campagnes générales d'information sont nécessaires à travers journaux, TV, radio, pub. Toute la société est concernée: presse, école, universités, bibliothèques etc...

La TV joue un rôle prépondérant : débats, informations, sans langue de bois ni censure. La création de revues littéraires, scientifiques, de publicité est facteur de promotion.

Les libraires, éditeurs et auteurs devraient être associés à l’organisation des salons et foires du livre.  Ces manifestations gagneraient à conjuguer les aspects  professionnel, littéraire et scientifique avec l'aspect commercial, sans porter atteinte à l’activité essentielle  et quotidienne des librairies.

 


 

11-3 LIBRAIRIES, VENTES AU DETAIL

 

CONSTAT

 

Il existe une librairie pour 400 000 habitants et un médecin pour 2 000 habitants. L'Algérie des paradoxes compte 200 fois plus de médecins que de libraires!

 

Les rares libraires qui vivent de leur seul commerce du livre sont moins d’une centaine.

 

Le libraire à l'écoute du lecteur est la caisse de résonnance pour l'éditeur, le diffuseur, le distributeur.

 

 

 

PERSPECTIVES

 

Face à cette situation, seule l’offre de livres en quantité,  en qualité, variété et à des prix abordables peut augmenter le volume d'affaires du commerce du livre.

La survie de la profession de libraire passe par le prix unique du livre et la structuration des réseaux de distribution.

Le libraire doit avoir un libre accès à l’importation de livres, passant outre la fonction d’importateur qui n’a pas de sens dans le commerce international du livre.

Le regroupement en associations professionnelles de libraires et distributeurs doit être encouragé.

 

 

11-4 L'EXPORTATION DU LIVRE

CONSTAT

 

Pour exporter il faut produire des contenus originaux et de facture industrielle et commerciale compétitive.

Notre faible production nationale ne répond à aucun de ces critères. Mais comment en serait-il autrement considérant les constats ci-dessus ?

 

 

 

 

PERSPECTIVES

 

Le dépôt-vente à l'étranger de produits algériens est prohibé par les procédures bancaires et douanières actuelles.

Il faut apprendre à exporter en produisant localement avec des contenus, des prix, une fiscalité et des éditeurs dignes de nous représenter dans les foires à l’étranger.

Développer une politique hardie de traduction et de cessions de droits à la fois sur le patrimoine algérien et arabe et le domaine universel (à l'exemple du Liban et de l'Égypte).

 

 

 

12 - LE FINANCEMENT

 

CONSTAT

 

La subvention de l'État doit obéir à des critères transparents privilégiant l’intérêt général et la diffusion du savoir et de la culture, au plus près de l’usage du citoyen.

Le livre fabriqué localement supporte des taxes dont le livre importé est exonéré.

Les imprimeurs imposent aux éditeurs le paiement cash du livre à sa sortie, sans intervention des circuits bancaires.

Pas d'encouragement à l'investissement

Pourtant l'électronique a introduit une vraie révolution dans les arts graphiques et les équipements évoluant très rapidement, doivent être amortis et renouvelés en conséquence.

L’impression numérique, l’édition numérique et en ligne sont des créneaux d’investissement d’avenir pour renouveler les contenus et les diffuser à moindre coût.

 

 

 

 

 

PERSPECTIVES

 

Encourager les échanges internationaux par de réelles coéditions et coproductions. Faire intervenir les banques pour les financements sous forme d'instruments de paiements modernes: lettres de crédit, traites bancaires etc...

Cesser les discriminations entre public et privé.

Adapter les règles d'amortissement aux évolutions technologiques et commerciales.

Investir dans la formation et le perfectionnement des professionnels.

Subventionnerles prix littéraires, les sociétés de lettres, les fondations et publications scientifiques et artistiques.

Encourager le développement de l’impression numérique et de l’édition numérique dans la conservation du patrimoine et la diffusion des lettres, des sciences et des techniques.

13 - REGLEMENTATION

CONSTAT

 

La profession éditoriale n'est pas organisée.

Le statut de l'ONDA est inadapté.

Les relations État-éditeurs sont peu claires.

Les liens de vassalité entre le monde de l’édition et les institutions de l’État doivent cesser faute de quoi les meilleurs de nos créateurs continueront de s’exiler.

Les autorisations à priori, de visas, de procédures administratives de la culture, des douanes, des affaires religieuses sont contraires à la constitution. Seule la justice et les services de police à son service, dans le cadre de la loi, peuvent intervenir à postériori, dans le processus de création, d’importation ou de diffusion des livres.

Les aides et subvention au livre doivent être gérées démocratiquement au bénéfice du contribuable.

 

 

 

PERSPECTIVES

 

Nécessité d'organiser librement les professions d'éditeur, de libraire, d'imprimeur etc...

Participation des éditeurs et auteurs à la gestion des droits d'auteurs par une gestion paritaire de l'ONDA.

Les fonds d'aide et le Centre National des Lettres, doivent être gérés de façon paritaire et démocratique par les auteurs, éditeurs et autres professionnels du livre avec les pouvoirs publics.  La vocation essentielle est l'aide à la création éditoriale en général, le financement de projets importants tels que : encyclopédies, dictionnaires, patrimoine, recherche et création artistique et scientifique.

L’aide à la traduction est aussi essentielle que la subvention pour le pain et le lait actuellement en cours dans notre pays.

Le ministère de la culture doit avoir un rôle d'animation, d'orientation des budgets et moyens, et non plus de gestion, d'injonction administrative ou de contrôle policier.

 

  

CONCLUSION

 

1 - Il n'y a pas de solutions partielles aux problèmes évoqués ci-dessus. Tout se tient.

Il faut une politique globale de l'édition dans un esprit de concertation et d’ouverture d’esprit.

Le strict respect des libertés collectives et individuelles est une condition sine et qua none de la vitalité de la culture et de l’épanouissement des citoyens

La volonté et les moyens pour y parvenir conditionnent toute entreprise en ce sens

 

2 - Parmi les urgences, il faut particulièrement relever les dossiers prioritaires qui devront faire l'objet d'études et de décisions de la part des pouvoirs publics en coopération avec l'ensemble des professions du livre :

  • la levée des interdits et autorisations anticonstitutionnels
  • la promotion de la lecture publique et les bibliothèques
  • le système d'aide à la traduction
  • la création et l’importation de livres et périodiques scientifiques
  • la réglementation relative au unique prix unique du livre
  • le financement bancaire de l’investissement et de l'activité de production de livres
  • l'approvisionnement en papier d’édition et l’encouragement à l’investissement dans l’imprimerie numérique.
  • la formation aux métiers du livre.

Alger, le 20 octobre 2013

 

Rédigé par Boussad OUADI

Publié dans #EDITER EN ALGERIE

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article